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Renato Ruggiero 1995-1999
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Monsieur
le Président,
Excellences,
Madame Brundtland,
Monsieur Piot,
Mesdames et Messieurs,
J'aimerais
faire quelques remarques au nom du Directeur général de
l'Organisation mondiale du commerce. Tout d'abord, j'aimerais dire à
quel point nous nous réjouissons de cette initiative de la Commission
des Communautés européennes. Il est capital de renforcer la lutte
contre les principales maladies transmissibles, en particulier le VIH/SIDA,
la malaria et la tuberculose, non seulement pour les gens atteints de
ces maladies mais aussi pour les perspectives de développement de
leurs pays et pour la communauté internationale dans son ensemble.
C'est un des défis majeurs que nous devons relever aujourd'hui.
En
particulier, nous notons avec satisfaction que la Commission adopte
une approche intégrée et interdisciplinaire de ce problème dans le
cadre de sa nouvelle politique. Il va de soi qu'une coopération est
nécessaire entre les différents services gouvernementaux, entre les
différents pays, riches et pauvres, et entre les différentes
organisations intergouvernementales. À cet égard, j'aimerais dire
quelques mots sur le rôle de l'OMC et, en premier lieu, sur la
question des droits de propriété intellectuelle.
Il
convient d'examiner cette question sous deux angles: la fourniture
d'incitations appropriées à la recherche et au développement et
l'accessibilité financière des nouveaux médicaments. Le problème
auquel nous sommes tous confrontés est de trouver un juste équilibre
entre la répartition des coûts élevés induits par les activités
de recherche et développement et, parallèlement, la mise en commun
des fruits de ces activités, en ce qui concerne l'accès aux nouveaux
médicaments permettant de soigner les maladies qui sévissent dans
divers pays.
Les
droits de propriété intellectuelle jouent un rôle essentiel dans la
recherche de cet équilibre. Ils sont indispensables pour encourager
les activités de recherche et développement. Aucune société
n'investira les fonds nécessaires à ces activités sans être sûre
de jouir d'une certaine exclusivité au moment d'exploiter les
résultats de ses efforts. Parallèlement, il est évident que le
régime de propriété intellectuelle en lui-même ne suffira pas à
encourager les activités de recherche et développement concernant
des maladies qui affectent principalement les populations pauvres des
pays en développement, dont le pouvoir d'achat est faible. C'est
pourquoi nous nous réjouissons que cet aspect soit chaque jour
davantage reconnu de par le monde et que des initiatives soient prises
pour corriger ce déséquilibre, avec la participation d'organismes
intergouvernementaux, de gouvernements, de fondations privées, et du
secteur lui-même. La communication de la Commission est une
importante contribution en la matière.
Nous
pouvons dire que tous les Membres de l'OMC se sont, dans une certaine
mesure, engagés à soutenir l'effort mondial de recherche et
développement, en acceptant l'Accord sur les ADPIC. À cet égard, il
convient de noter que cet accord n'empêche pas que ce soutien soit
modulé en fonction de la capacité des différents pays et de leurs
populations à y participer. Il est encourageant de constater que, de
plus en plus, les sociétés sont disposées à tenir compte de cet
élément pour fixer le prix de leurs produits brevetés, et nous
notons que dans sa communication, la Commission incite à recourir
davantage à la fixation de prix différenciés pour les produits
pharmaceutiques. C'est une question que le Secrétariat de l'OMC a
examinée dans le cadre de sa coopération avec l'Organisation
mondiale de la santé, et nous préparons conjointement un atelier
réunissant toutes les parties intéressées pour déterminer quel
cadre juridique, institutionnel et politique pourrait favoriser la
généralisation de l'établissement de prix différenciés.
L'Accord
sur les ADPIC représente aussi une tentative de trouver un juste
équilibre entre la nécessité de promouvoir les activités de
recherche et développement et la nécessité de garantir
l'accessibilité financière des fruits de ces activités. Cet
équilibre transparaît dans un grand nombre de dispositions, que je
ne détaillerai pas ici, qui accordent aux gouvernements une certaine
flexibilité pour leur permettre de mettre en œuvre leur régime de
propriété intellectuelle de manière à prendre en compte leurs
objectifs d'intérêt général sous-jacents.
Au-delà
de la question des droits de propriété intellectuelle, j'aimerais,
comme l'a fait la Commission, souligner que la grande majorité des
médicaments essentiels utilisés pour le traitement des principales
maladies transmissibles ne sont brevetés nulle part mais sont dans le
domaine public. Le fait que ces médicaments et d'autres inventions
soient loin d'être totalement exploités signifie que les efforts
déployés aux niveaux national et international pour améliorer les
infrastructures de financement, de distribution et de soins de santé
sont vitaux. La plupart de ces questions ne relèvent pas de la
compétence de l'OMC, mais nous surveillons, en coopération avec
d'autres organisations intergouvernementales, l'incidence des droits
de douane sur le prix des produits pharmaceutiques et d'autres
produits vitaux pour la santé publique, tels que les moustiquaires.
Nous sommes aussi disposés à coopérer afin de renforcer
l'efficacité des dispositions de l'Accord sur les ADPIC relatives aux
contrefaçons dans la lutte contre la commercialisation de produits
pharmaceutiques de contrefaçon ne répondant pas aux normes, voire
dangereux, pratique trop fréquente dans certains pays en
développement.
Dans
cette perspective, permettez-moi de vous dire qu'à l'OMC, nous sommes
pleinement convaincus qu'il existe des rapports très étroits entre
le commerce, la pauvreté et la santé. Nous sommes tout à fait
conscients que les initiatives visant à améliorer les soins de
santé publique de base ainsi qu'à sensibiliser davantage le public
ont un rôle vital à jouer pour faciliter le développement. Mais, de
la même façon, le développement et les ressources accrues qu'il
génère sont indispensables à l'amélioration de la santé publique.
Et un système commercial ouvert est un élément-clé des efforts de
développement.
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