
À
l’heure actuelle, les normes du travail ne sont pas soumises aux règles
et disciplines de l’OMC. Cependant, certains gouvernements Membres de
l’OMC en Europe et en Amérique du Nord considèrent que la question
doit être abordée par l’OMC sous une forme ou une autre si l’on veut
renforcer la confiance du public dans l’OMC et le système commercial
mondial. Ces gouvernements Membres affirment que les droits comme la
liberté de négocier collectivement, la liberté d’association, l’élimination
de la discrimination sur le lieu de travail et l’élimination des
pratiques abusives sur le lieu de travail (y compris le travail forcé et
certains types de travail des enfants), méritent d’être examinés à
l’OMC. Plusieurs gouvernements Membres ont proposé que l’OMC soit
saisie de la question par le biais de la formation d’un groupe de
travail chargé d’étudier la question du commerce et des normes
fondamentales du travail. Ils pensent que le fait de porter la question
devant l’OMC incitera les gouvernements Membres de l’OMC à améliorer
les conditions des travailleurs dans le monde entier.
Cette
proposition est l’une des plus controversées actuellement soumises à
l’OMC.
La
plupart des pays en développement et de nombreuses nations développées
estiment que la question des normes fondamentales du travail ne relève
pas de l’OMC. Ces gouvernements Membres considèrent que l’invocation
de la question du commerce et des normes du travail est une forme déguisée
de protectionnisme sur les marchés des pays développés. Des hauts
fonctionnaires de pays en développement ont dit que les efforts visant à
poser la question des normes du travail devant l’OMC représentaient un
écran de fumée destiné à compromettre l’avantage comparatif des pays
en développement à bas salaires.
De
nombreux hauts fonctionnaires de pays en développement font valoir que
l’amélioration des conditions de travail et des droits des travailleurs
passe par la croissance économique. Ils affirment que si les règles de
l’OMC s’appliquaient à la question des normes fondamentales du
travail, toute sanction imposée à des pays dont les normes du travail
sont moins élevées ne ferait que perpétuer la pauvreté et retarder
l’amélioration des normes applicables sur le lieu de travail.
La
question du commerce et des normes du travail a été soulevée devant
l’OMC depuis sa création. À la Conférence ministérielle de
l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce qui a eu lieu
à Marrakech en avril 1994 pour signer le traité instituant l’OMC,
presque tous les Ministres ont exprimé leur point de vue sur la question.
Le Président de ladite conférence a conclu que les gouvernements Membres
n’étant pas parvenus à l’époque à un consensus, il n’y avait
aucune base d’accord sur la question.
À la
première Conférence ministérielle de l’OMC qui a eu lieu à Singapour
en décembre 1996, la question a été soulevée et abordée dans la Déclaration
ministérielle. À Singapour, les Ministres ont déclaré ce qui suit:
“Nous
renouvelons notre engagement d’observer les normes fondamentales du
travail internationalement reconnues. L’Organisation internationale du
travail (OIT) est l’organe compétent pour établir ces normes et s’en
occuper, et nous affirmons soutenir les activités qu’elle mène pour
les promouvoir. Nous estimons que la croissance économique et le développement
favorisés par une augmentation des échanges commerciaux et une libéralisation
plus poussée du commerce contribuent à la promotion des ces normes. Nous
rejetons l’usage des normes du travail à des fins protectionnistes et
convenons que l’avantage comparatif des pays, en particulier des pays en
développement à bas salaires, ne doit en aucune façon être remis en
question. À cet égard, nous notons que les Secrétariats de l’OMC et
de l’OIT continueront de collaborer comme ils le font actuellement.
Depuis
sa prise de fonctions en septembre 1999, le Directeur général de l’OMC,
M. Mike Moore, a rencontré à deux reprises le Directeur général du
BIT, M. Juan Somavia. M. Moore a dit qu’il se réjouissait à l’idée
de coopérer avec M. Somavia et d’autres hauts fonctionnaires du BIT. Il
a aussi indiqué clairement que l’OMC suivrait les recommandations des
Ministres en ce qui concerne la question du commerce et des normes
fondamentales du travail.
La
collaboration entre l’OMC et le BIT prévoit une participation de
l’OMC aux réunions des organes du BIT, l’échange de documentation et
une coopération informelle entre les Secrétariats des deux organisations.
Depuis
la Conférence ministérielle de Singapour, le BIT a pris deux mesures
significatives au sujet de la question des droits des travailleurs. En
1998, les gouvernements membres de l’OIT ont adopté la Déclaration de
l’OIT relative aux droits fondamentaux au travail et son suivi. En vertu
de cette déclaration, les gouvernements membres de l’OIT ont accepté
certains principes fondamentaux qui figurent dans les conventions
fondamentales de l’OIT. (Ces conventions portent sur les droits
fondamentaux sur le lieu de travail à savoir: liberté d’association et
reconnaissance du droit de négociation collective; élimination de toute
forme de travail forcé; abolition effective du travail des enfants et élimination
de la discrimination dans les pratiques de recrutement et d’emploi.)
Les
gouvernements membres de l’OIT sont convenus de respecter et de
promouvoir ces conventions fondamentales même s’ils ne les ont pas
toutes ratifiées. À titre de suivi, l’OIT publiera des rapports
annuels dans lesquels les fonctionnaires de l’Organisation recueilleront
des informations fournies par les gouvernements qui n’ont pas ratifié
toutes les conventions au sujet de tout changement éventuel intervenu
dans les lois et règlements adoptés au plan national qui peut avoir des
répercussions sur ces droits fondamentaux des travailleurs.
En
1999, les gouvernements membres de l’OIT sont convenus d’interdire et
d’éliminer les pires formes du travail des enfants qu’ils ont définies
comme toutes les formes d’esclavage, de prostitution enfantine et de
pornographie, l’utilisation des enfants dans le trafic des stupéfiants
et les travaux susceptibles de mettre en danger la santé, la sécurité
ou la moralité des enfants.
Les
gouvernements membres de l’OIT ont dit qu’ils reconnaissaient que le
travail des enfants était lié pour une large part à la pauvreté et que
la solution à long terme pour éliminer l’exploitation et le travail
dangereux des enfants passait par une croissance économique soutenue.
Selon
une étude récente de la Banque mondiale, moins de 5 pour cent des
enfants qui travaillent dans le monde en développement le font dans des
secteurs d’activité liés à l’exportation.
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