COMPRENDRE
L'OMC: LES ACCORDS Textiles: retour au régime
normal
Comme l’agriculture, les textiles
étaient l’un des sujets de négociation les plus ardus, à
l’OMC comme dans l’ancien système du GATT. Ils ont
aujourd'hui achevé une phase de changement
fondamental échelonné sur dix ans suivant un calendrier
convenu lors du Cycle d’Uruguay. Le système des
contingents d’importation qui a dominé le commerce dans
ce secteur depuis le début des années 60 a maintenant été supprimé.
De 1974 à la fin du Cycle d’Uruguay, le commerce était régi par
l’Arrangement multifibres
(AMF). C'était le cadre dans lequel des
contingents étaient établis par voie d’accords bilatéraux ou de
mesures unilatérales, afin de limiter les importations dans les pays dont
les branches de production nationales risquaient de pâtir gravement
d’une expansion rapide des importations.
Les contingents étaient l’élément
le plus visible du système. Ils contredisaient la règle générale du
GATT qui privilégiait les droits de douane par rapport aux mesures de
restrictions quantitatives. Ils constituaient aussi une exception au
principe GATT de l’égalité de traitement à appliquer à tous les
partenaires commerciaux car ils précisaient la quantité que le pays
importateur était disposé à accepter de la part de tel ou tel pays
exportateur.
Depuis 1995, l’Accord de l’OMC
sur les textiles et les vêtements (ATV) remplaçait l’Arrangement multifibres.
Le 1er janvier 2005, ce secteur a été pleinement intégré dans le cadre
des règles normales du GATT. En particulier, les contingents ont été
supprimés, et les pays importateurs ne peuvent plus établir de
discrimination entre les exportateurs. L’Accord sur les textiles et les
vêtements lui-même a cessé d’exister: c’est le seul des accords de l’OMC
qui prévoyait sa propre disparition.
Intégration: retour progressif aux règles du GATT haut de page
Le
retour des textiles et des vêtements dans le champ d’application des règles
du GATT était prévu sur dix ans. Il s'est progressivement, en quatre étapes,
pour ménager tant aux importateurs qu’aux exportateurs le délai nécessaire
pour s’adapter à la nouvelle situation. Certains de ces produits étaient
auparavant soumis à contingentement. Tous les contingents en place au 31
décembre 1994 ont été reconduits dans le nouvel accord. Pour les
produits contingentés, le résultat de l’intégration dans le cadre du
GATT a été la suppression de ces contingents.
L’accord
indiquait le pourcentage de produits qui devaient être intégrés dans le
cadre des règles du GATT lors de chaque étape. Parallèlement, pour ceux
de ces produits qui étaient assujettis à contingentement, les contingents
devaient être supprimés. Les pourcentages étaient calculés sur la base du
volume du commerce des textiles et des vêtements du pays importateur en
1990. L’accord prévoyait aussi que les quantités d’importations
autorisées sous contingent devaient augmenter chaque année, et que
cette expansion devait s’accélérer lors de chaque étape. Le rythme
de l’expansion était fixé d’après une formule fondée sur le
coefficient de croissance découlant de l’ancien Arrangement multifibres (voir
le tableau).
Un calendrier est établi
pour la suppression des contingents d’importation imposés sur les
textiles et les vêtements (et pour la réintégration de ces
produits dans le cadre des règles du GATT), ainsi que pour le
rythme d’expansion des contingents restants.
Les chiffres donnés dans
l’exemple ci-après sont calculés d’après le coefficient de
croissance annuel généralement appliqué en vertu de l’ancien
Arrangement multifibres, soit 6 pour cent. Les coefficients
effectivement appliqués en vertu de l’AMF variaient selon les
produits.
Étape
Pourcentage de
produits à intégrer dans le cadre du GATT (y compris
ceux pour lesquels les contingents éventuels sont supprimés)
Coefficient de croissance
des contingents restants, si le coefficient appliqué en 1994 était
de 6 pour cent
Étape 1: 1er
janv. 1995 (jusqu'au 31 déc.
1997)
16%
(pourcentage minimal, sur la base des importations effectuées
en 1990)
6,96%
par an
Étape
2: 1er janv. 1998 (jusqu'au 31 déc.
2004)
17%
8,7%
par an
Étape
3: 1er janv. 2002 (jusqu'au 31 déc.
2004)
18%
11,05%
par an
Étape
4: 1er janv. 2005 Intégration totale
dans le cadre du GATT (pourcentage maximal) des derniers
contingents (et élimination définitive des contingents).
L'Accord sur les textiles et les vêtements prend fin.
49%
(maximum)
11,05%
par an
La formule appliquée
effectivement pour l’accroissement des importations sous
contingent est la suivante: 0,1 x coefficient de croissance antérieur
à 1995 pendant la première étape; 0,25 x coefficient de
croissance de l’étape 1 pendant la deuxième étape; et 0,27 x
coefficient de croissance de l’étape 2 pendant la troisième étape.
Lors de chacune des trois premières étapes les produits à intégrer dans
le cadre des règles du GATT devaient provenir des quatre grandes catégories
de textiles et de vêtements: peignés et filés, tissus, articles confectionnés
et vêtements. Toutes les autres restrictions ne relevant pas de l’Arrangement
multifibres et contraires aux accords de l’OMC devaient être rendues
conformes avant 1996 ou supprimées d’ici à 2005.
Si un dommage était de nouveau
causé à une branche de production pendant la période transitoire, l’accord
autorisait l’imposition provisoire de restrictions additionnelles sous
réserve de conditions rigoureuses. Ces «mesures de sauvegarde
transitoires» n'étaient pas identiques aux mesures de sauvegarde
normalement autorisées en vertu du GATT car elles pouvaient s’appliquer
aux importations de pays exportateurs spécifiques. Le pays importateur
devait cependant démontrer que sa branche de production nationale
subissait ou risquait de subir un préjudice grave. Il devait aussi montrer
que le préjudice résultait de deux facteurs: un accroissement des
importations du produit en question en provenance de toutes les sources,
et un accroissement soudain et substantiel des importations en provenance
du pays exportateur concerné. La mesure restrictive de sauvegarde pouvait
être mise en œuvre soit par accord mutuel après des consultations soit
unilatéralement. Elle était examinée par
l’Organe de supervision des textiles.
Dans tout système de
contingentement visant des pays exportateurs spécifiques, les
exportateurs sont parfois tentés de contourner les contingents en expédiant
leurs produits par l’intermédiaire de pays tiers ou en faisant de
fausses déclarations sur le pays d’origine du produit. L’accord
contenait des dispositions pour y remédier.
L’accord prévoyait un traitement
spécial pour certaines catégories de pays, par exemple les nouveaux
venus sur le marché, les petits fournisseurs et les pays les moins avancés.
Un Organe
de supervision des textiles (OST) supervisait la mise en œuvre
de l’accord. Il était composé d’un président et de dix membres qui
siégeaient à titre personnel. Il surveillait l’application des mesures
prises dans le cadre de l’accord pour s’assurer de leur conformité et
faisait rapport au Conseil du commerce des marchandises,
qui examinait le fonctionnement de l’accord avant chaque nouvelle étape
du processus d’intégration. L’Organe de supervision des textiles était
aussi saisi des différends relevant de l’Accord sur les textiles et les
vêtements. S’ils n'étaient pas résolus, les différends pouvaient être
soumis à l’Organe de règlement des différends de l’OMC. Lorsque l'Accord
sur les textiles et les vêtements est arrivé à expiration, le 1er
janvier 2005, l'Organe de supervision des textiles a aussi cessé
d'exister.