
I
J'éprouve
un sentiment d'exaltation à me trouver dans cette ville. Berlin est en train de
connaître une mutation historique qui la propulse au rang de centre politique et culturel
de l'Allemagne - une Allemagne unifiée dans une Europe unifiée. Les échafaudages
et les grues qui barrent l'horizon sont le signe de la naissance d'une nouvelle capitale
à l'avènement d'un siècle nouveau. C'est une ville exaltante, un moment exaltant et je
vous suis très reconnaissant de m'avoir invité à venir ici.
En
toile de fond, c'est l'économie mondiale toute entière qui est en pleine mutation.
J'aimerais aujourd'hui montrer comment cette mutation économique est poussée par la
circulation de plus en plus aisée des services à travers les frontières et par les
connaissances, les informations et les idées qu'ils véhiculent, comment la technologie
rend possible - voire inévitable - cette économie sans frontières, et comment
les nouvelles institutions économiques internationales fondées sur des règles, comme
l'OMC, deviennent des instruments indispensables pour gérer un monde où l'interconnexion
et l'interdépendance des systèmes économiques, des cultures et des peuples n'ont jamais
été aussi fortes.
II
Nous
assistons aujourd'hui à la réalisation de ce que Marshall McLuhan avait prédit
dans les années 60: L'interdépendance électronique transformera le monde en
un village planétaire. Des milliers de kilomètres de câbles en fibres optiques
traversent aujourd'hui les océans et relient les continents, et des millions d'ondes
sonores et de signaux électromagnétiques parcourent l'atmosphère au-dessus de la
planète. Vingt-quatre heures par jour, ce réseau mondial transmet instantanément, d'un
fuseau horaire, d'une frontière et d'une culture à l'autre, des contrats d'affaires, des
transactions financières, des données médicales et des ressources pédagogiques.
Cette
économie interdépendante n'agit pas que sur la croissance de la productivité. Elle fait
des connaissances un facteur de production plus important que le travail, les matières
premières ou les capitaux. Elle crée un nouveau type de relation, plus équitable, entre
le monde développé et le monde en développement. Sa conséquence la plus frappante
peut-être est la mise en place d'une économie mondiale quasiment unifiée et sans
frontières, ce qui changera radicalement le fonctionnement des systèmes économiques
nationaux.
Nous
sommes déjà proches du libre-échange intégral dans le secteur des biens traditionnels,
puisque près de 60 pour cent du commerce mondial seront exemptés de droits de
douane au début du siècle prochain. Mais c'est dans le secteur des services que le
potentiel de libéralisation du commerce mondial est de loin le plus grand. Les progrès
rapides de la numérisation et des technologies de la communication permettent des
échanges électroniques sans frontières de services-clés qui suppriment bien des
contraintes liées au temps et à l'espace. Demain, dans quelques années, nous pouvons
imaginer que les télécommunications, même transatlantiques, seront un produit presque
gratuit. Le coût des ordinateurs a considérablement baissé depuis 1960, ce qui les
met à la portée de millions d'individus. Cinquante millions d'ordinateurs ont été
vendus en 1995 contre 35 millions de voitures. Le réseau Internet est le
symbole le plus puissant de cette évolution: sa capacité a doublé chaque année depuis
son invention il y a un quart de siècle et il deviendra certainement un marché mondial
à lui seul.
De
même que la mondialisation du commerce et des investissements a transformé le mode de
production des biens et des matières premières à travers le monde, l'arrivée d'une
économie électronique sans frontières promet de révolutionner le secteur des services
- secteur qui représente aujourd'hui plus de 70 pour cent du PIB dans de
nombreux pays de l'OCDE et 50 pour cent dans quelques pays en développement. On
pensait autrefois que la plupart des services étaient difficiles - voire
impossibles - à exporter étant donné que "l'exportation" exigeait une
présence sur les marchés étrangers. Aujourd'hui, grâce à la puce et à la fibre
optique, tout service susceptible d'être numérisé et transmis par voie électronique
peut être produit et livré presque partout dans le monde en quelques secondes.
III
J'aimerais
souligner quatre grandes caractéristiques de cette nouvelle économie de services sans
frontières:
-
Premièrement, cette économie est de plus en plus indifférente à la géographie, à la
distance et au temps. Les coûts de transaction pour les consommateurs et les entreprises
vont baisser rapidement puisque la plupart des étapes intermédiaires entre l'acheteur et
le consommateur - distribution, vente en gros, vente au détail - disparaissent. Le
résultat le plus flagrant de l'avènement du commerce électronique sera peut-être
l'élimination des barrières à l'entrée sur le marché. Comme il sera beaucoup plus
facile de créer une entreprise, le nombre de fournisseurs sur un marché augmentera. Les
petites et moyennes entreprises, à l'instar des grandes sociétés multinationales,
deviendront des acteurs à part entière sur le marché mondial. Les entreprises des pays
en développement sont désormais capables de surmonter la plupart des obstacles dans les
domaines des infrastructures, des capitaux et des transports qui, par le passé,
limitaient leur potentiel économique. Enfin, les consommateurs du monde entier seront les
bénéficiaires de cette concurrence internationale accrue.
-
Deuxièmement, les industries de services - en particulier les services financiers, les
télécommunications et les transports - créent une véritable infrastructure mondiale
qui facilite considérablement l'ajustement des vieilles industries et le développement
de nouvelles industries. Par exemple, l'apparition d'un système financier véritablement
planétaire - qui résulte du progrès technique et de la libéralisation des marchés -
permettra à de nombreux pays en développement de poursuivre leur trajectoire de
croissance et de réduire encore l'écart qui les sépare des pays développés.
-
Troisièmement, et cet aspect est peut-être le plus important, l'économie mondiale des
services sera une économie fondée sur le savoir, dans laquelle des informations et des
idées seront la ressource la plus précieuse. Contrairement aux facteurs de production
traditionnels - la terre, le travail, le capital - l'information et les connaissances ne
sont pas l'apanage d'une région ou d'un pays mais elles ont une mobilité et une
capacité d'expansion quasiment illimitées. Cette économie de la connaissance ne va pas
supplanter les autres activités économiques - les usines et les fermes ne vont pas
disparaître, les logiciels ne vont pas remplacer la nourriture que nous consommons ni les
voitures que nous conduisons. Mais la technologie change nos méthodes de production -
parfois d'une manière radicale. L'industrie automobile allemande, par exemple, s'est
presque entièrement réinventée ces dernières années en introduisant l'informatique de
pointe, la robotique ou la conception assistée par ordinateur, au point que l'industrie
automobile semble souvent plus proche d'une activité de services que d'une activité
manufacturière traditionnelle.
-
Nous arrivons au quatrième aspect: la technologie sans frontières peut rééquilibrer
les relations entre les pays et les régions étant donné qu'elle offre à chaque pays et
à chaque région du monde la possibilité d'accéder librement et également à
l'information et à la connaissance. Le fossé qui sépare les pays les plus riches des
plus pauvres d'entre eux est encore trop large mais les moyens économiques et
technologiques de les réduire existent déjà et je pense que beaucoup de pays en
développement pourront sauter certaines étapes du développement industriel que les pays
du Nord ont mis des décennies à franchir.
Ce
libre marché de l'information et de la connaissance aura sur les plans social et
politique des prolongements qui iront bien au-delà de l'économie. Les médecins
utilisent la télémédecine pour faire des diagnostics à distance. Les étudiants du
monde entier découvrent un immense stock d'informations sur le World Wide Web.
A
l'OMC, nous construisons aussi des ponts électroniques pour nous relier au monde - grâce
au réseau Internet et à notre nouveau Projet d'informatique au service du
développement, nous pouvons, avec la collaboration de la Banque mondiale, offrir une
assistance technique, des données commerciales, une formation et un soutien interactif
aux pays les moins développés qui ont le plus besoin de s'intégrer dans l'économie
mondiale.
Je
ne suis pas en train de vous parler d'un avenir lointain - ces changements sont déjà en
route aujourd'hui. Déjà, la richesse économique se déplace sensiblement vers le sud,
ce qui aura des conséquences aussi importantes sur la politique mondiale que la chute du
mur de Berlin. Les pays en développement en tireront profit au même titre que les pays
développés. Selon les prévisions de la Banque mondiale, le taux de croissance des pays
en développement se situera autour de 5 à 6 pour cent entre aujourd'hui et
2020. En d'autres termes, ces pays doubleront presque leur part de la production mondiale
qui passera d'environ 16 pour cent en 1992 à 30 pour cent en 2020. Ce
que montrent ces chiffres, c'est, entre autres choses, l'accélération du développement.
Il a fallu 58 ans au premier pays industrialisé, le Royaume-Uni, pour doubler son
niveau de vie, 47 ans aux Etats-Unis, 43 ans à l'Allemagne et 34 ans au
Japon. Depuis 1966 cependant, il a fallu tout juste onze ans à la Corée, dix au Chili et
neuf à la Chine. Et ce temps ne cesse de se rétrécir. Dix pays en développement, qui
comptent près du tiers de la population mondiale, soit plus de 1,5 milliard
d'individus, ont plus que doublé leur revenu moyen par habitant entre 1980 et 1995.
IV
L'OMC
joue un rôle capital dans ce monde de plus en plus ouvert et interdépendant. Comme le
GATT avant elle, l'OMC est le moteur d'une libéralisation accrue des échanges dans le
cadre du droit international. Comme elle agit sur la base du consensus et a des moyens de
faire respecter les règles, ces mutations économiques et technologiques peuvent se faire
d'une manière équilibrée, équitable et constructive. A cet égard, l'une des
contributions les plus importantes du Cycle d'Uruguay à l'ordre économique actuel - et
l'un des changements les plus significatifs dans les règles du commerce mondial depuis la
création du GATT en 1948 - a été l'intégration de la libéralisation du commerce des
services dans le système multilatéral.
Depuis
la fin du Cycle d'Uruguay, nous avons engagé trois grandes négociations dans ce que nous
appelons les services d'infrastructure - les services financiers, les télécommunications
et les transports. Permettez-moi de faire brièvement le point des négociations en ce qui
concerne les services financiers, priorité de l'OMC pour les semaines à venir.
L'objectif
des négociations concernant les services financiers est d'améliorer réellement l'accès
aux marchés. Il s'agit pour l'essentiel d'autoriser les investisseurs étrangers à
opérer sur les marchés nationaux dans les mêmes conditions de concurrence que les
entreprises nationales. Il s'agit aussi d'éliminer les restrictions inutiles à l'offre
transfrontières de services financiers - restrictions qui, en tout état de cause,
deviendront de plus en plus anormales dans un monde de commerce électronique sans
frontières. Enfin, il s'agit de protéger les droits déjà acquis sur ces marchés.
Les
négociations, qui ont été menées dans le cadre de l'Accord général sur le commerce
des services (AGCS), n'ont pas été faciles. En 1993, et à la fin de la reprise des
négociations pendant l'été 1995, les Etats-Unis jugeaient le niveau des
engagements négociés insuffisant pour justifier l'ouverture de leur immense marché à
tous les Membres de l'OMC sur la base du traitement de la nation la plus favorisée.
Heureusement,
je pense que nous sommes près d'arriver à un accord. Quatre-vingt-quinze pays ont déjà
pris des engagements provisoires d'accès aux marchés des services financiers au cours
des deux précédentes séries de négociations et, dans celles qui doivent s'achever le
12 décembre, je pense qu'une quarantaine de pays vont améliorer leurs engagements
ou en prendre de nouveaux. Le succès de ces négociations dépendra du nombre et de la
qualité des engagements négociés. Il est tout aussi important d'ancrer fermement le
secteur des services financiers dans le système multilatéral de règles et de
procédures. Il faut que les principales puissances cessent de nous faire douter de leur
attachement au multilatéralisme dans ce secteur essentiel des services.
Beaucoup
d'entre vous s'interrogent sur les conséquences que pourraient avoir les turbulences qui
viennent d'agiter les marchés financiers d'Asie sur les négociations de l'OMC concernant
la libéralisation des services financiers. Cette inquiétude est en partie due à une
confusion entre la libéralisation de l'accès aux marchés - qui est notre objectif - et
la déréglementation. Ces deux aspects sont très différents et l'AGCS reconnaît
expressément non seulement le droit de tous les gouvernements de réglementer les
marchés financiers mais aussi leur liberté absolue de prendre toutes les mesures
prudentielles qu'ils estiment nécessaires pour sauvegarder l'intégrité de ces marchés.
Les politiques macro-économiques et monétaires ne sont pas négociées dans le cadre de
l'OMC. Je suis très encouragé par le fait que tous les participants aux négociations
aient affirmé que ces récentes perturbations n'avaient ébranlé ni leur confiance dans
la libéralisation ni leur volonté de négocier.
Je
suis aussi très encouragé par les nombreux succès que l'OMC a déjà remportés cette
année. Nous avons montré que nous pouvions négocier et conclure avec succès un accord
audacieux sur la libéralisation des services de télécommunications, jugé politiquement
prématuré et techniquement trop ambitieux pour être négocié dans le cadre du Cycle
d'Uruguay. Le 15 février de cette année, 69 pays, représentant plus
de 90 pour cent des recettes mondiales des télécommunications, se sont
engagés à faire jouer la concurrence sur des marchés qui, récemment encore, étaient
considérés comme des monopoles naturels où la concurrence, et plus encore la
concurrence étrangère, n'avait pas de sens.
Cette
année aussi nous avons conclu un accord sur l'élimination des droits de douane qui
frappent les produits informatiques. Additionnés aux communications de base, ces produits
représentent un volume d'échanges équivalant à celui de l'agriculture, des voitures et
des textiles réunis. Cet accord témoigne de la percée spectaculaire de l'économie de
l'information, qui tend à effacer la distinction entre les services et l'industrie
manufacturière.
J'ajouterai
un dernier mot sur le quatrième élément de l'infrastructure mondiale auquel je viens de
faire allusion - les services des transports. A ce sujet, nous n'avons pas encore de
triomphe à célébrer, mais des raisons d'espérer. En effet, les négociations sur les
transports maritimes qui se sont achevées pendant l'été 1995 n'ont pas abouti. En
fait, ni l'Union européenne ni les Etats-Unis n'ont accepté de prendre des engagements
d'accès aux marchés dans ce secteur. L'industrie du transport aérien fait aussi figure
d'exception car la plupart des services d'aviation ont été exclus du champ de l'accord -
ce qui explique peut-être pourquoi un vol entre Berlin et Genève peut être plus
coûteux qu'un vol entre Berlin et New York.
V
Certes,
nous vivons une époque de transition profonde et rapide vers un monde radicalement
nouveau. De graves problèmes structurels et à court terme pèsent assurément sur
l'économie mondiale. Les gouvernements et les institutions internationales doivent s'y
attaquer avec fermeté et dans un esprit de coopération. Pour les pays avancés tout
autant que pour les pays en développement, le chômage est cause d'incertitudes et
d'appréhension.
Il
ne faut pas oublier que le monde dans lequel nous vivons n'est pas un monde statique mais
très dynamique, tant par l'ampleur que par le rythme des changements. Nous sommes tous à
bord d'un train à grande vitesse, mais de nombreux pays affichent une nostalgie
inquiétante pour un passé, dans lequel pourtant les problèmes d'ajustement et de
transition économiques ne manquaient pas, et refusent d'admettre les nouvelles réalités
de l'économie.
C'est
une erreur. C'est une erreur de ne pas tenir compte du fait que le commerce mondial - ce
moteur si puissant de la croissance économique - va probablement doubler d'ici dix ans,
et que la production et les ressources mondiales devraient doubler d'ici 20 ans.
N'oublions pas non plus que la croissance des pays en développement a des chances de
rester deux fois plus rapide que celle des pays développés pendant une grande partie du
siècle prochain. De plus, le décollage de ces pays entraîne un accroissement de leur
demande de produits offerts par les pays avancés et cette demande stimulera de plus en
plus la croissance, créant des emplois dans les pays industrialisés.
En
fait, la situation de l'emploi n'est pas la même dans tous les pays avancés. Aux
Etats-Unis, par exemple, l'introduction des nouvelles technologies crée plus d'emplois -
beaucoup mieux payés -qu'elle n'en supprime.
Il
est également fascinant de constater que le clivage gauche-droite qui a dominé la
politique pendant deux siècles est en train de disparaître subitement. Aujourd'hui, le
vrai débat n'oppose plus politique de droite et politique de gauche, mais bonne politique
et mauvaise politique; c'est ce que le Premier Ministre britannique Tony Blair a exprimé
avec éloquence en disant que notre génération avait besoin d'éducation, de
compétences et de technologie, qui sont les instruments de la richesse économique et de
l'épanouissement de la personne, et que les vieilles querelles entre l'Etat et le marché
étaient dépassées.
Nous
ne pouvons sous-estimer la réalité de notre interdépendance ni refuser la
mondialisation qui s'impose à nous. Puisque nos économies sont de plus en plus
interdépendantes, le commerce continuera à se développer, passant d'une moyenne de 7
pour cent du PIB en 1950 à 22 pour cent aujourd'hui pour se situer autour de
50 pour cent en 2020.
Le
discours actuel sur la mondialisation a un caractère artificiel et même surréaliste -
d'une part, on regrette un passé à jamais révolu et, d'autre part, on refuse
obstinément de faire confiance à un avenir qui offre à tant d'individus l'espoir d'une
vie meilleure. En vérité, grâce aux progrès fantastiques des nouvelles technologies et
à la libéralisation du commerce, nous avons aujourd'hui la chance de pouvoir offrir à
chaque pays, y compris aux moins développés, des chances égales d'accès à
l'éducation et à l'information, créant ainsi les conditions de l'établissement d'une
société fondée sur l'égalité des chances. Jamais auparavant les conditions n'ont
été si favorables qu'aujourd'hui, dans un contexte où le marché, sous toutes ses
formes, domine l'évolution de l'économie mondiale. Aucune des générations qui nous ont
précédés n'ont eu autant d'atouts, sur les plans économique et technologique, pour
créer un monde meilleur. Si nous savons relever ce défi, nous aurons le bonheur de tirer
pleinement profit de ces chances sans précédent.
C'est
pourquoi nous devons adresser à nos peuples un nouveau message de confiance pour leur
montrer les possibilités extraordinaires - et pas seulement les risques - résultant de
cette transformation à l'échelle planétaire. Peut-on raisonnablement refuser ce
processus? Faut-il arrêter le progrès technologique - trouver un moyen de cesser
d'inventer des avions ou des ordinateurs plus rapides ou d'empêcher la diffusion des
télévisions, des télécopieurs ou des téléphones cellulaires? Faut-il fermer nos
frontières aux exportations en provenance de pays en développement alors qu'ils
laisseraient les leurs ouvertes à nos exportations? Faut-il chercher à freiner ou à
stopper l'industrialisation pour des milliards d'individus, tout en préservant notre
propre croissance et notre sécurité? Et si nous les empêchons d'exporter leurs
produits, pouvons-nous les empêcher d'émigrer vers nos pays?
La
seule réponse rationnelle est non.
Nous
ne voulons pas être les artisans d'un monde divisé qui ne serait pas régi par une
coopération internationale fondée sur des règles mais par des rapports de pouvoir. Nous
ferions alors le lit du protectionnisme qui, nous le savons bien, même s'il était
possible dans ce monde de plus en plus interdépendant, débouche sur le nationalisme tant
économique que politique. Au lieu de créer l'avenir, dans lequel la libéralisation des
services jouera un rôle déterminant, nous risquerions de revenir au passé qui a laissé
derrière lui tant de conflits et de tragédies. Nous devons tout simplement faire preuve
de sagesse et de courage. |