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L'effondrement du commerce mondial est dû en partie aux problèmes de
financement des crédits commerciaux. Comme les statistiques à ce sujet
sont rares, il est impossible de cerner avec précision cet aspect de la
crise financière qui est le plus important et le plus problématique du
point de vue du commerce: l'offre de financement du commerce.
Financement des crédits commerciaux
Le financement du commerce est un financement à faible risque qui
nécessite des garanties élevées, mais cela ne l'a pas mis à l'abri du
resserrement du crédit (Département du commerce des États Unis, 2008).
Le commerce mondial dépend à 80 ou 90 pour cent du financement du
commerce (crédits commerciaux et assurance/garanties), qui est
essentiellement un financement à court terme. La contraction de ce
financement peut causer des dégâts énormes à l'économie réelle (FMI,
2003). Les chaînes d'approvisionnement internationales ont mondialisé
le financement du commerce en même temps que la production. Leurs
opérations de financement complexes, y compris pour les petites et
moyennes entreprises, sont devenues cruciales pour le commerce.
La rareté du financement du commerce pour les pays en développement et
les pays à faible revenu est considérée à l'OMC comme un problème
depuis la crise financière asiatique car ces pays sont les premières
victimes de la réévaluation générale des risques et de la pénurie de
liquidité qui caractérisent les périodes de crise financière (Auboin
et Meier Ewert, 2008). À la demande des gouvernements Membres, l'OMC
s'efforce d'encourager la relance des relations et des réseaux
complexes opérant sur le marché du financement du commerce afin de
maintenir les flux de financement et d'atténuer ainsi au moins l'une
des causes de la contraction des échanges commerciaux.
Dès 2003, la nécessité ressentie d'agir au niveau des institutions
intergouvernementales pour trouver des solutions globales aux
problèmes de financement du commerce a amené le Directeur général du
FMI, le Président de la Banque mondiale et le Directeur général de l'OMC
— dans le contexte du mandat de l'OMC sur la cohérence — à réunir les
principaux acteurs pour trouver des moyens d'accroître les flux de
financement du commerce (par exemple lettres de crédit et autres
crédits documentaires) vers les pays en développement et les pays les
moins avancés. L'accent a été mis en particulier sur la nécessité
d'encourager les banques régionales de développement et la Banque
mondiale à élargir, de manière novatrice et dans le respect des règles
de l'OMC, les moyens de financer les opérations commerciales. Depuis
lors, les principaux acteurs, y compris les organisations
multilatérales intergouvernementales (OMC, Banque mondiale, FMI), les
banques régionales de développement, l'Union de Berne des assureurs de
crédit et d'investissement et les grandes banques privées, se sont
réunies régulièrement à un niveau élevé mais informel, dans le cadre
du Groupe d'experts de l'OMC sur le financement du commerce. Ce groupe
se réunit en tant que de besoin et fait rapport aux Membres de l'OMC
par l'intermédiaire du Directeur général et du Secrétariat. Depuis
2005, des efforts à long terme ont été entrepris, dans le cadre de
l'Aide pour le commerce, pour accroître le financement du commerce
pour les pays en développement en améliorant l'infrastructure servant
à fournir ce financement, notamment en développant des banques et des
organismes de crédit à l'exportation compétitifs.
Quelle est la gravité du problème aujourd'hui?
Une leçon qui ressort clairement de la crise financière asiatique est
que, dans les périodes marquées par des comportements grégaires et un
manque de confiance et de transparence, tous les acteurs, y compris
les banques privées (qui représentent environ 80 pour cent du marché
du financement du commerce), les organismes de crédit à l'exportation
et les banques régionales de développement, devraient, autant que
possible, mettre leurs ressources en commun (FMI, 2003). Il est
important aussi que des liens solides existent entre les différents
acteurs, du fait de l'absence de données complètes et fiables sur les
flux de financement du commerce. Cela signifie que le principal moyen
d'effectuer une évaluation raisonnable de la situation du marché est
de recueillir des avis éclairés et des statistiques partielles auprès
des différentes institutions. C'est là un aspect essentiel des
activités du Groupe d'experts de l'OMC.
Le financement du commerce est généralement un financement sain
(reposant sur des pratiques et des procédures utilisées de longue date
par les banques et les commerçants, sur des garanties solides et des
opérations de crédit documentaire) et il semblait avoir assez bien
“résisté” tout au long de l'année 2007 et au début de 2008, mais il
est devenu évident, dans le courant de 2008, que la raréfaction
globale des liquidités touchait l'offre de crédits commerciaux. Le
refinancement de ces crédits devenait plus difficile et les prêts
étaient affectés par la réévaluation générale des risques liée à la
détérioration de la conjoncture économique mondiale. Les marges sur
les crédits commerciaux à court terme ont monté en flèche, dépassant
le LIBOR de 300 à 600 points de base, contre 10 à 20 points de base en
temps normal. Un déficit de marché est apparu parmi les principaux
pourvoyeurs de financement du commerce, déficit estimé à environ 25
milliards de dollars en novembre 2008 par les principales banques
privées de Wall Street — le marché mondial du financement du commerce
étant estimé quant à lui à environ 10 000 milliards de dollars par an.
Certaines grandes banques ont signalé à plusieurs reprises que, faute
de moyens, elles ne pouvaient plus financer les opérations
commerciales. Par exemple, récemment, un contrat commercial bilatéral
de 1 milliard de dollars entre les États Unis et la Chine a été
abandonné en raison du manque de financement.
Le problème de liquidité s'est propagé aux pays en développement qui
représentent un tiers du commerce mondial et qui sont maintenant
confrontés aux mêmes difficultés pour l'obtention de lettres de crédit
et d'autres instruments de financement du commerce sur le marché
local. D'après une étude conjointe du FMI et de la Bankers Association
for Finance and Trade, qui sera publiée prochainement, les flux de
financement du commerce vers les pays en développement semblent avoir
diminué d'au moins 6 pour cent sur 12 mois — ce qui est beaucoup plus
que la diminution des flux commerciaux. Si ces chiffres étaient
confirmés (d'après l'étude, ils semblent être admis par les banquiers
locaux), cela signifierait que le déficit de marché pourrait être bien
supérieur à l'estimation susmentionnée de 25 milliards de dollars.
La pénurie de financement du commerce risque fort d'accélérer le
ralentissement du commerce et de la production mondiale. Il est de
plus en plus évident que les opérations des chaînes
d'approvisionnement sont perturbées par le manque de financement pour
les fournisseurs des pays en développement, en particulier en Asie.
L'OMC fait actuellement tout son possible pour obtenir des acteurs
publics qu'ils prennent à leur charge une partie du risque supporté
par le secteur privé et qu'ils encouragent davantage le cofinancement
entre les différents pourvoyeurs de financement du commerce. Avec le
soutien des Membres de l'OMC, le Directeur général a réuni deux fois
en 2008 le Groupe d'experts de l'OMC sur le financement du commerce i)
pour trouver des solutions collectives à court terme, notamment en
mobilisant les organismes de crédit à l'exportation soutenus par
l'État et les banques régionales de développement, et ii) pour mettre
au point des mesures techniques permettant une meilleure interaction
entre les acteurs privés et publics à court et à moyen terme. Ces
mesures comprennent des projets élaborés par la Chambre de commerce
internationale, le FMI, la SFI et l'Union de Berne, qui visent tous à
supprimer les obstacles au copartage des risques et au cofinancement
entre les diverses institutions.
Efforts en cours
Les établissements bénéficiant d'un soutien
public ont réagi positivement, et trois types de mesures sont
actuellement appliqués:
-
Les banques régionales de développement et
la SFI ont récemment renforcé leurs programmes de facilitation des
échanges, dont le montant est passé de 1,5 à 3 milliards de dollars
dans le cas de la SFI, de 0,5 à 1 milliard de dollars dans le cas de
la Banque interaméricaine de développement, de 1 à 2 milliards de
dollars dans le cas de la BERD et de 0,4 à 1 milliard de dollars dans
le cas de la Banque asiatique de développement. Cela a porté la
capacité totale à 7 milliards de dollars sur une base renouvelable, ce
qui représente un financement potentiel du commerce d'environ 30
milliards de dollars pour les petits pays et les petites opérations
(250 000 dollars en moyenne par transaction).
-
Les organismes de crédit à l'exportation
sont intervenus, essentiellement avec des programmes de prêts de fonds
de roulement à court terme et de garanties de crédit destinés aux
petites et moyennes entreprises. Il s'agit notamment de nouveaux
programmes mis en place par les États Unis, l'Allemagne, le Japon, la
France, les pays nordiques, Hong Kong, Chine et le Chili, entre
autres. Pour certains pays (Allemagne), le montant de l'engagement est
illimité. Dans d'autres cas, une coopération est en train de se
développer pour soutenir le commerce régional, en particulier les
opérations des chaînes d'approvisionnement. À cet effet, le Sommet de
l'APEC a annoncé la mise en place d'un réseau d'assurances du commerce
Asie Pacifique pour faciliter les échanges et les investissements
intra et extrarégionaux grâce à une coopération dans le domaine de la
réassurance entre les organismes de crédit à l'exportation de la
région. La société japonaise NEXI apparaît comme le chef de file et le
principal assureur de ce système de réassurance collectif. Les États
Unis et la Chine sont convenus que leurs banques d'import export
respectives fourniraient 20 milliards de dollars supplémentaires pour
le commerce bilatéral. Les États Unis et la Corée ont pris un
engagement analogue à hauteur de 3 milliards de dollars.
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Les banques centrales des pays qui disposent
d'abondantes réserves de change et/ou qui sont confrontés, pour une
raison ou pour une autre, à une pénurie de liquidité en dollars (à
cause de la diminution des envois de fonds des travailleurs, de la
baisse des recettes d'exportation et de la dépréciation de la monnaie
locale par rapport au dollar) ont fourni des dollars aux banques et
aux importateurs locaux dans le cadre d'accords de rachat. Depuis
octobre 2008, la Banque centrale du Brésil a fourni au marché un
montant de 10 milliards de dollars. La Banque centrale coréenne a
annoncé qu'elle fournirait au marché un montant de 10 milliards de
dollars prélevés sur ses réserves de change. Les banques centrales de
l'Afrique du Sud, de l'Inde et de l'Indonésie se sont elles aussi
engagées dans des opérations analogues. Malheureusement, les pays en
développement dont les réserves de change sont moins importantes ne
disposent pas de ces facilités, à moins qu'ils ne procèdent à un
échange de devises contre la monnaie locale avec leurs principaux
partenaires commerciaux, ce qu'ils ont fait dans certains cas (avec la
Fed et la BCE).
Il ne fait guère de doute, à la mi 2009, que
le marché du financement du commerce connaît des difficultés, lesquelles
contribueront au malaise économique mondial. Mais les efforts se
poursuivent, notamment dans le cadre des activités de plaidoyer et de
mobilisation de l'OMC, pour trouver des solutions durables à ce problème
qui est encore un autre facteur de contraction de l'économie. |
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