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Il y a un demi-siècle, les représentants visionnaires
de 23 pays, dont le mien, ont adopté un système de règles
fondamentales pour le commerce international. Les pères fondateurs
de ce système venaient de vivre dans l'ordre les expériences
suivantes: la spirale du protectionnisme, la stagnation économique,
le chaos et la guerre. Dans ce contexte, et pour empêcher l'histoire
de se répéter, ils étaient déterminés
à stimuler la croissance en créant un nouvel ordre fondé
sur des droits et des obligations réciproques. Depuis lors,
la portée et le contenu du système ont été
développés, mais les principes fondamentaux sont restés
les mêmes: ouverture graduelle et mutuellement convenue des
marchés, non-discrimination, prévisibilité, transparence
et consensus.
Nul ne peut dire ce qu'un système différent - ou
pourquoi pas l'absence de règles commerciales multilatérales
- aurait donné. Avec le recul, je crois qu'il est juste de
dire que les dispositions et principes du GATT - puis de l'OMC - ont contribué
de manière décisive aux progrès que de grandes régions
du monde ont enregistrés dans la deuxième moitié du
siècle. Je ne parle pas uniquement de croissance économique,
mais aussi des acquis sociaux, de l'emploi et de la stabilité politique
que la prospérité engendre. Il s'agit là de
valeurs fondamentales. Le système commercial multilatéral
d'aujourd'hui constitue donc une importante partie du cadre global qui
favorise la stabilité et les relations pacifiques.
L'augmentation du nombre de ses
Membres, de 23 à 132, atteste
de la viabilité de ce système. Il faut ajouter que
31 pays, dont de grandes nations commerçantes comme la Chine et
la Russie, sont candidats à l'accession. Je les encourage
à s'associer à nous à des conditions convenues, et
à obtenir les droits et à contracter les obligations qui
sont associés au statut de Membre. Je suis convaincu que dans
le proche avenir nous pourrons dire de l'OMC qu'elle est une organisation
véritablement mondiale. Cela aura sur le plan politique une
importance cruciale.
Alors que l'Organisation devient peu à peu
universelle,
il est de plus en plus difficile et important de trouver l'équilibre
entre les intérêts des Membres. En particulier, je suis
préoccupé par la situation des pays les moins avancés.
Ensemble, ces 48 pays contribuent pour 0,4 pour cent seulement au commerce
mondial. La moitié d'entre eux ne sont pas Membres de l'OMC.
Leurs produits se heurtent souvent à des obstacles sur les marchés
d'exportation. Il faut lutter contre cette marginalisation des pays
les plus pauvres. Les programmes d'assistance technique liée
au commerce devraient être développés et la coordination
internationale de ces activités améliorée. Il
faudrait élargir l'accès aux marchés. A l'avenir,
le succès de l'OMC se mesurera, entre autres critères fondamentaux,
à sa capacité de faire bénéficier tous les
peuples du monde des avantages de l'expansion du commerce.
On parle de plus en plus de
mondialisation. Le processus
de la mondialisation transforme notre monde et nos structures économiques
de façon spectaculaire, à un rythme sans précédent.
C'est un processus révolutionnaire. Pour certains, il s'agit
d'une évolution positive, qui crée des liens plus étroits
et une interdépendance accrue entre les pays et les peuples du monde
entier. D'autres ont une perception différente, plus sceptique
de la mondialisation: ils s'interrogent sur les effets de la libéralisation
du commerce et de l'investissement et de la libre circulation des capitaux.
Ils craignent que nos institutions démocratiques ne perdent le contrôle
qu'elles exercent sur les forces économiques internationales et
que les coûts pour l'environnement et la collectivité soient
élevés. Il s'agit là de craintes légitimes
liées à des questions fondamentales en rapport avec le bien-être
de l'humanité. Si la mondialisation ne peut répondre
à ces préoccupations, nombreux sont ceux qui ne la considéreront
pas comme une évolution positive.
La mondialisation est une question
complexe. Ce que nous
avons vu jusqu'ici n'est que le début. Pourtant, elle envoie
déjà un message tout à fait clair. A mesure
qu'elle s'accélérera, elle aura des conséquences de
grande ampleur - sur le commerce mondial et sur le développement
de nos sociétés au sens large. Il est donc important
que nous comprenions au mieux les conséquences de ces processus
-les perspectives qu'ils ouvrent et les dilemmes qu'ils posent.
C'est pourquoi mon gouvernement a décidé d'organiser
en Norvège au début de l'année prochaine un symposium
international sur les effets de la mondialisation. Notre ambition
est de faire en sorte que ce symposium non seulement nous permette de mieux
comprendre les questions en jeu mais aussi contribue à la formation
d'un consensus sur la façon dont nous devrions les traiter.
Les thèmes importants qu'il faudra examiner seront les tendances
et perspectives de développement de l'économie mondiale,
les conséquences pour la gestion démocratique des affaires
publiques, pour l'environnement et pour les pays en développement.
J'ai noté avec intérêt que l'ancien Directeur général
de cette Organisation, M. Peter Sutherland, avait préconisé
l'instauration d'un vaste débat international sur ces questions.
Le but de notre symposium est de contribuer à la réalisation
de cet objectif.
En ce qui concerne
l'OMC, je pense qu'il faut aussi se demander
comment faire une plus large place aux aspects qualitatifs - santé,
protection des consommateurs, innocuité des aliments et protection
de l'environnement, par exemple. Bien qu'elles relèvent au
premier chef de la compétence de l'OIT, les normes du travail devraient
aussi être examinées à l'OMC. En oeuvrant à
l'amélioration continue des règles relatives à ces
questions, nous renforcerons la crédibilité du système
et démontrerons qu'une coopération internationale est nécessaire
dans ces domaines.
Bien que le développement de la coopération régionale
reste une évolution nécessaire et utile pour régler
des problèmes communs à plusieurs pays, la dimension mondiale
de certains de nos problèmes les plus urgents exige une amélioration
et un renforcement de la coopération multilatérale.
En tant que représentant d'un petit pays fortement tributaire des
échanges et des investissements internationaux, je ne peux qu'insister
sur ce point.
Le système commercial multilatéral a toujours réagi
de façon pragmatique aux problèmes qu'il a rencontrés,
en grande partie grâce au principe du consensus dans la prise des
décisions. C'est là un élément précieux
qui devrait être préservé alors que nous abordons une
nouvelle étape de l'histoire du système commercial multilatéral.
D'autres améliorations et mises au point des règles commerciales
seront certainement jugées nécessaires. Une plus grande
ouverture est importante. Oeuvrons dans ce sens, mus par l'esprit
de coopération qui nous a guidés jusqu'ici.
Je félicite tous les
Membres, le Directeur général
et le Secrétariat de l'OMC à l'occasion de ce cinquantième
anniversaire et puis vous assurer que la Norvège continuera à
contribuer de manière constructive au succès permanent du
système.
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