
Notes
pour la déclaration à la Réunion des législateurs de M. Mike Moore,
Directeur général de l'OMC
Monsieur
le Sénateur Roth, Mesdames et Messieurs:
C'est
une initiative très utile que de tenir en parallèle avec la Conférence
ministérielle cette première réunion de législateurs élus.
Je
suis profondément choqué lorsque j'entends dire que l'OMC n'est pas démocratique.
Prenons l'exemple de l'Ambassadeur de l'Inde à Genève. Il faut environ
300 millions de personnes pour élire un gouvernement en Inde et la
survie de ce gouvernement dépend du bon plaisir des parlementaires élus.
Le représentant du gouvernement doit rendre des comptes au Conseil des
ministres, au Premier Ministre, à son parti, à son groupe parlementaire
et doit avoir l'approbation du Parlement, de ses électeurs et de l'électorat
tout entier pour que son gouvernement puisse fonctionner. C'est cela être
comptable de son action et c'est ainsi que les choses doivent être. Et
c'est comme cela que les choses se passent dans la plupart des pays qui
sont Membres de l'OMC. Le système varie d'un pays à l'autre, mais les
principes de responsabilité sont les mêmes.
L'OMC
est conduite par ses Membres et donc par les gouvernements, les congrès
et les parlements. Tous les deux ans, nos ministres se réunissent pour
nous donner des orientations. Tout ce que nous convenons doit être entériné
et ratifié par les Membres et par les parlements.
C'est
pourquoi cette réunion de parlementaires et de législateurs élus
constitue une partie importante et j'espère, permanente, de nos travaux.
Certains
contestataires n'ont pas compris notre mode fondamental de fonctionnement,
qui repose sur le consensus. N'importe quel pays peut bloquer nos travaux
et cela arrive effectivement. N'importe quel pays peut se retirer de l'OMC
moyennant un préavis de six mois.
Un
parlementaire m'a dit: c'est bien de parler aux organisations non
gouvernementales, mais n'oubliez pas les organisations gouvernementales,
car ce sont nous qui soutenons les gouvernements en place. Il avait raison
et nous devrions faire les deux.
De
même, alors que je parlais des organisations non gouvernementales et de
leur influence justifiée et démocratique sur les gouvernements, un
ambassadeur d'un pays n'ayant pas de représentant résident nous a demandé
si l'OMC ne pourrait pas s'adresser davantage à des gens comme lui. En
tant que représentant de gouvernement, il a souligné qu'environ 30 pays
ne peuvent même pas se permettre financièrement d'entretenir des
missions à Genève. Nous l'avons entendu. Je ne suis à l'OMC que depuis
quelques mois, et mes adjoints ont pris leurs fonctions la semaine dernière.
Mais nous avons organisé un séminaire à l'intention des pays n'ayant
pas de représentants résidents pour informer pleinement leurs
responsables de ce qui se passe à Seattle. Nous avons un site Web, des
centres de références et nous utilisons les nouvelles technologies pour
maintenir le contact avec eux.
Une
question qui est souvent soulevée est celle de la souveraineté. Les États
nations abandonnent-ils leurs droits et prérogatives légitimes aux
institutions mondiales?
C'est
une bonne question. Je viens d'un petit pays, mais j'ai toujours eu le
sentiment que l'intégrité et l'indépendance de mon pays étaient
renforcées par les institutions, les traités et les accords
internationaux.
Dans
le monde moderne, nous savons que sans coopération et sans accords, les
gouvernements souverains ne peuvent pas agir ni promouvoir leurs intérêts
nationaux.
Aucun
congrès ni aucun parlement ne peut à lui seul garantir la propreté de
l'air ou de l'eau, ou même gérer un système fiscal ou une compagnie aérienne,
ou lutter contre le sida et le cancer sans la coopération des autres.
Mais
la base doit être l'État nation. L'OMC est ce que ses Membres font
d'elle et elle est soumise à des règles. Nos États Membres orientent
nos travaux et c'est ainsi que les choses doivent être.
J'espère
à l'avenir pouvoir passer plus de temps avec les membres des commissions
et des groupes parlementaires car ce sont eux les meilleurs représentants
de l'opinion publique. C'est là que se trouvent ceux qui, à juste titre,
veulent scruter, critiquer et améliorer notre action.
Notre
tâche est gigantesque et pourtant nos dépenses totales sont inférieures
au budget des voyages du FMI. Le World Wildlife Fund a un budget trois
fois supérieur au nôtre.
Mais
malgré nos contraintes de temps et de ressources, je m'efforcerai de
faire de mon mieux. Je ne refuse jamais de rencontrer des représentants
politiques élus lorsque je suis à Genève et que cela est possible.
La
fin du millénaire est sur toutes les lèvres mais nous abordons un siècle
nouveau et il vaut donc la peine de réfléchir sur l'avenir et de voir
quelles leçons nous pouvons tirer du passé.
Nos
courageux parents avaient conçu l'OMC, ou plus exactement son prédécesseur
le GATT, comme une organisation faisant pendant à l'ONU, à l'OIT, au FMI
ou à la Banque mondiale. Ils avaient servi sous l'uniforme alors que
notre génération sert en costume et cravate. Ils avaient traversé la
grande dépression et vu comme elle avait encore été prolongée et
aggravée par le protectionnisme. Cette dépression et le Traité de
Versailles avaient rendu la guerre presque inévitable et avec elle les
grandes tyrannies de notre siècle, le fascisme et le marxisme. Alors, ils
ont dit "plus jamais ça" et le GATT et les autres institutions
qui structurent l'ordre mondial ont été créés pour être au service
des peuples par l'intermédiaire de leurs gouvernements.
À
la suite de cela, nous avons connu la plus grande période de croissance
soutenue et d'amélioration des niveaux de vie de notre histoire.
Cette
génération extraordinaire a fait autre chose encore, qui est unique dans
l'histoire du monde. Les vainqueurs ont tendu la main et pardonné à
leurs adversaires, ils ont ouvert leur porte-monnaie et lancé le Plan
Marshall pour la reconstruction de l'Europe. C'est l'image inversée de ce
qui s'est produit en 1918. Et cela a bien fonctionné. Y a-t-il
aujourd'hui quelqu'un qui pense que le monde aurait été meilleur sans le
Plan Marshall? Y a-t-il quelqu'un qui pense que le monde serait meilleur
sans l'Union européenne? Devrions-nous NE PAS célébrer le fait que
l'Union européenne soit en train de s'élargir et que le Japon soit prospère?
Vaudrait-il mieux que la Chine n'accède pas à l'OMC? Qu'y a-t-il de mal
à ce que la Russie et la Chine fassent partie d'un système fondé sur
des règles?
Notre
système a donné de bons résultats. Pendant la crise asiatique, beaucoup
ont prédit la fin de l'économie mondiale et laissé entendre que nous étions
allés trop loin. Pourtant, grâce à la politique judicieuse adoptée
dans les économies touchées et à la générosité des États-Unis, du
Japon et de l'Europe qui ont maintenu l'ouverture de leurs marchés,
l'Asie revient. Elle a tenu bon.
Lorsque
le mur de Berlin est tombé, lorsque Nelson Mandela a été libéré,
lorsque, ailleurs, les colonels sont retournés dans leurs casernes, le
monde a célébré l'événement. Il a célébré les valeurs universelles
que sont la liberté politique et la liberté économique. Nul alors ne
s'est avisé de crier, pester et jurer contre les maux de la
mondialisation.
C'est
ainsi que nous sommes réunis à Seattle, 30 000 personnes,
beaucoup même invitées. Nous nous réunissons dans un climat d'hostilité
et de colère. Je sais que nos détracteurs n'ont pas tous tort, qu'ils ne
sont pas tous méchants ni idiots. Mais nous devrions au moins de temps en
temps nous rappeler quelles sont nos valeurs essentielles et nos tâches
essentielles.
En
substance, nous voulons qu'il y ait davantage d'emplois et davantage
d'entreprises prospères, afin de disposer des recettes fiscales qui nous
donneront les moyens de réaliser les rêves que nous faisons tous – en
matière de soins de santé, d'éducation et de bien-être des personnes
âgées.
À
mon sens, le commerce et les affaires constituent de puissants moteurs,
qui nous permettront d'atteindre ces objectifs.
Le
commerce en lui-même n'est pas suffisant, trop de pays sont marginalisés.
Il y a un Membre africain qui consacre jusqu'à neuf fois plus de
ressources au remboursement de sa dette qu'aux dépenses de santé. Réduire
l'ampleur des échanges, empêcher la propagation des idées, des médicaments,
des documents et informations et de l'investissement n'arrangeront pas les
choses: cela les rendra pires. Tandis que nous avons des détracteurs à
l'extérieur, plus d'un milliard et demi de personnes veulent se joindre
à nous. Pourquoi? Plusieurs centaines de ministres et de dirigeants
politiques sont ici aujourd'hui, à Seattle. Pourquoi? Parce que c'est
important. Je ne veux pas que nous abordions le prochain siècle tant bien
que mal, dans les lamentations et les gémissements.
Nous
devons avancer hardiment, en reconnaissant les contradictions et les
difficultés, mais fermement résolus à commencer de négocier un texte
d'ensemble qui soit équilibré. Nous ne sommes pas d'accord sur tout.
C'est légitime, c'est une bonne chose et cela n'a rien de surprenant.
Nous
devons faire en sorte que les pays en développement aient une place plus
équitable. En particulier, les pays les moins avancés dont la part dans
le commerce mondial n'est que de 0,5 pour cent et qui, lorsqu'ils ont
un avantage compétitif à l'exportation, se voient fréquemment interdire
l'accès aux marchés. C'est injuste.
De
nombreux pays ont besoin de temps et d'une assistance technique pour
assimiler et mettre en œuvre leurs engagements. Il n'y a rien là
d'impossible. Nous devons nous rapprocher sur les questions d'agriculture,
d'investissement, de concurrence et mettre à profit la présente occasion
pour promouvoir des solutions dans lesquelles toutes les parties sont
gagnantes, en ce qui concerne la transparence des marchés publics, la
facilitation des échanges et la manière dont cela peut contribuer à une
bonne gestion des affaires publiques.
Nous
devrions être déterminés quant à l'accès aux marchés, nous féliciter
de ce que le commerce électronique peut faire pour tous les pays et
commencer à négocier un ensemble équilibré dans un délai de trois
ans. Je sais l'intérêt que les congrès et parlements souverains portent
à ces questions. En fin de compte, ce sont eux qui auront le dernier mot.
Ce siècle a été beaucoup trop marqué par la force et la coercition.
Nous devons faire en sorte que le siècle prochain soit le siècle de la
persuasion, que les divergences y soient réglées dans le respect du
droit institutionnel, par le recours à des mécanismes adéquats de règlement
des différends, arrêtés d'un commun accord.
Cela
vaut pour les nations les plus puissantes comme pour les plus modestes.
Cela représente une nouvelle époque éclairée, marquée au sceau d'un
comportement international et civilisé.
Nous
devons aujourd'hui rendre hommage à nos parents qui, après l'horreur de
leur expérience personnelle, ont eu la sagesse de créer des institutions
comme le GATT, maintenant OMC, capables de travailler selon les
instructions reçues des gouvernements et des parlements à faire régner
l'ordre et la primauté du droit dans le règlement de nos divergences sur
les plans commercial, politique, culturel et social.
Je
suis fier de représenter une institution qui appartient à ses États
Membres et qui est conduite par eux. J'en suis le Directeur général. Je
ne suis pas vraiment un directeur, et je suis encore moins un général.
Je suis, je crois, un navigateur, quelqu'un dont le rôle est de faciliter
les choses, au service de tous.
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