
I
A
l'issue de l'un des débats les plus éclairés sur le système commercial multilatéral
et son cinquantième anniversaire, c'est pour moi une grande responsabilité et une
occasion extraordinaire de formuler quelques remarques de conclusion.
Il
est très rare d'entendre l'histoire racontée par autant de ceux qui y ont joué un rôle
déterminant, et peut-être plus rare encore de les voir tous rassemblés en même temps.
Chacun d'eux a partagé avec nous ses réflexions sur bon nombre d'événements
remarquables qu'a connus le système commercial mondial.
Les
six représentants des Etats-Unis pour les questions commerciales internationales
présents ici aujourd'hui ont été qualifiés de guerriers du commerce. Mais
il ne s'agit que d'une description limitée de leurs accomplissements. Il y a
indéniablement un combat dans toute négociation commerciale, aussi faut-il des
guerriers. Mais le combat consiste à établir des passerelles, à ouvrir des marchés, à
renforcer la liberté de choix et à élargir les possibilités.
C'est
pourquoi je préfère les qualifier de pionniers de l'économie mondiale. Hommes et
femmes, démocrates et républicains, qui ont établi les nouvelles frontières de
l'interdépendance économique, rendant ainsi le monde plus stable et, à terme, plus
sûr.
Cette
manifestation est plus importante encore pour moi du fait de la présence de
M. Henry Kissinger, géant des relations internationales et bâtisseur de la
paix, dont les réalisations comptent parmi les plus éminentes de ce siècle.
J'exprime
toute ma gratitude à la Brookings Institution et à Michael Armacost en particulier pour
l'organisation de cette impressionnante manifestation. Leur générosité n'a d'égale que
la largeur de vue qui a fait de cette institution un participant aussi respecté au débat
sur les politiques publiques.
Il
est donc tout à fait approprié que cette allocution traite de la vision. Une vision
très spécifique cependant, qui est devenue réalité - fait assez rare dans les
affaires internationales. Cette réalité, c'est le système commercial multilatéral qui
est à présent centré sur l'Organisation mondiale du commerce et dont nous célébrons
cette année le cinquantième anniversaire.
La
vision qui anime le système doit beaucoup à l'inspiration américaine. Elle est aussi
neuve et adaptée aux réalités actuelles - et aux défis à venir - qu'à
l'origine. Elle favorise depuis 50 ans la croissance économique et la stabilité
internationale. Dans le monde incertain d'aujourd'hui, cette vision et le système
édifié sur ses bases représentent un atout inestimable pour la planète. En la
célébrant avec vous aujourd'hui, je voudrais d'abord tourner mon regard vers le passé
afin que nous puissions voir plus clairement l'importance du système pour l'économie
mondiale de demain.
Le
monde que nous voyons autour de nous - un monde d'intégration économique
croissante, de cercles toujours plus larges de développement et de prospérité sans
précédent - est, à bien des égards, la réalisation d'une idée surgie des
décombres de la seconde guerre mondiale.
Certes,
les inégalités et la pauvreté sont encore répandues à une échelle inacceptable.
Mais, au cours des 50 dernières années, le commerce a constitué un puissant moteur
de croissance. En 1950, il représentait 7 pour cent du PIB mondial.
Aujourd'hui, il en représente 23 pour cent, et le tiers des 25 pays qui ont le
plus gros chiffre de commerce extérieur sont des pays en développement. Entre 1948
et 1997, le commerce des marchandises a été multiplié par 14, alors que la
production mondiale l'était par 5,5. Durant la même période, le PIB mondial a augmenté
de 1,9 pour cent par an en prix constants et compte tenu de l'accroissement général
de la population. Pris dans un contexte historique, ce chiffre est extrêmement élevé.
Au
cours des dix ou 15 dernières années en particulier, les pays en développement
ayant été de plus en plus nombreux à adopter des politiques de libéralisation des
échanges, on a noté des signes d'inversement de la marée. La part de ces pays dans le
commerce mondial est passée de 20 à 25 pour cent. Pour le secteur manufacturier,
elle a doublé (de 10 à 20 pour cent) et, si la tendance actuelle se poursuit, elle
pourrait dépasser 50 pour cent d'ici à 2020. En outre, durant la même période,
dix pays en développement représentant une population totale de 1,5 milliard de
personnes ont doublé leur revenu par habitant.
Si,
dans certains cas, l'écart entre les pays se creuse, il est également vrai que,
de 1990 à 1996, les pays en développement ont enregistré une croissance
record de 5,4 pour cent en moyenne, soit trois fois plus que les pays avancés.
Durant cette même période, les exportations des pays industrialisés vers les pays en
développement ont augmenté en moyenne de 10,1 pour cent par an, tandis que celles
des pays en développement vers les pays industrialisés augmentaient en moyenne de
7,3 pour cent. Tel est le cercle vertueux de la mondialisation.
Toutes
les grandes économies de la planète suivent désormais, chacune à leur manière, les
principes du marché. Des milliards de personnes prennent de plus en plus part au
processus de la mondialisation. Et pourtant, l'idée fondamentale qui anime le
multilatéralisme reste tout aussi valable en cette ère mondiale qu'elle l'était après
la guerre, à savoir que le meilleur moyen d'assurer la prospérité et la paix dans le
monde est de les asseoir sur un commerce ouvert et non discriminatoire.
Cette
idée occupait une place centrale dans l'esprit des architectes de l'ordre de
l'après-guerre, et cela pour deux grandes raisons. L'une était leur conviction que le
protectionnisme avait eu des effets totalement désastreux sur l'économie mondiale. Ils
avaient tous connu le chaos économique des années 30, lorsque l'introversion
défensive avait directement conduit à l'effondrement du commerce international, à la
grande crise économique, puis à la guerre mondiale. Ils convenaient tous que la seule
voie vers la reconstruction et la relance économiques était l'ouverture des marchés et
la libéralisation des échanges, garanties par un régime de règles négociées ayant
force obligatoire.
L'autre
raison dominante était d'ordre politique: c'était la conviction que le libre-échange,
source de prospérité économique, était un élément essentiel de la stabilité et de
la sécurité internationales. Dans un système fondé sur des règles, le commerce
favoriserait l'interdépendance économique entre les nations, rendant improbable une
nouvelle guerre mondiale. Le principe de la non-discrimination empêcherait les ententes
et les blocs exclusifs analogues à ceux qui avaient tant fait pour alimenter les
rivalités et la protection entre les guerres. Derrière tout cela, il y avait la croyance
fondamentale que la liberté économique entre les nations était un préalable
indispensable à la liberté politique ainsi qu'aux autres formes de liberté.
II
La
réussite du système commercial multilatéral au cours des 50 dernières années et
durant les trois années qui ont suivi la création de l'OMC est évidente. Mais de
nombreux signes montrent qu'il est urgent de renouveler le plaidoyer en faveur du
libre-échange dans un cadre multilatéral.
La
force fondamentale du système était, et demeure, qu'il est fondé sur des règles.
Comme le GATT avant elle, l'OMC repose sur des engagements contractuels à caractère
obligatoire, négociés et contractés librement par les gouvernements et ratifiés par
les organes législatifs nationaux - notamment le Congrès des Etats-Unis. Il s'agit
donc d'un système transparent et profondément démocratique.
En
outre, la réussite du système témoigne du pouvoir durable de son principe fondamental,
la non-discrimination. L'objectif le plus évident du GATT était la réduction des
obstacles au commerce - objectif poursuivi à travers huit cycles successifs de
négociations, qui ont ramené les droits de douane sur les produits industriels d'une
moyenne de 40 pour cent environ à moins de 4 pour cent. Mais il y avait un
deuxième objectif tout aussi important: établir un ensemble non discriminatoire de
règles - reposant sur les piliers jumeaux du traitement national et de la nation la
plus favorisée - afin d'aider à gérer l'interaction entre des économies
nationales distinctes et différentes. C'est ce principe fondamental de la
non-discrimination qui a beaucoup fait pour modérer la politique de la force dans les
relations commerciales, en garantissant à tous les membres, indépendamment de leur
dimension et de leur niveau de développement, un accès égal à la sécurité des
règles.
La
troisième force du système a été l'engagement de prendre les décisions par
consensus. Cet engagement dépendait non de la force ou de la coercition mais de la
volonté des membres de le maintenir. Or, loin d'affaiblir le système ou de le ralentir,
le principe du consensus s'est révélé être une remarquable force de cohésion au fil
des ans, offrant un fondement exceptionnel et inestimable pour la coopération
internationale dans le domaine des échanges.
Au
cours des seuls 12 derniers mois, nous avons lancé une importante initiative en vue
d'intégrer les pays les moins avancés au courant général du système commercial
mondial. Nous avons conclu un pacte historique sur les télécommunications, qui touche
plus de 90 pour cent du marché mondial. Nous avons décidé de supprimer les droits
de douane sur les produits des technologies de l'information, qui constituent l'un des
secteurs de l'économie mondiale dont la croissance est la plus rapide. Et nous avons
conclu un accord tout aussi large, réunissant 102 pays, afin de libéraliser les
services financiers, de sorte que le commerce relatif aux activités bancaires, à
l'assurance et aux valeurs mobilières sera pour la première fois régi par des règles
multilatérales. L'ensemble de ces réalisations équivaut à un cycle majeur de
négociations commerciales.
La
valeur de ces accords est garantie par un processus de règlement des différends unique
en son genre.
En
trois ans d'existence, l'efficacité accrue de ce système a été démontrée par le fait
que les Membres y ont eu beaucoup plus souvent recours. Les Etats-Unis en ont été le
principal utilisateur et - je tiens à le souligner - un vigoureux défenseur.
Mais le succès des procédures de règlement des différends n'est pas dû seulement au
fait qu'elles aboutissent à des décisions: elles ont acquis une force dissuasive, ce qui
leur a permis de contribuer jusqu'ici à favoriser les règlements à l'amiable dans
environ un quart des affaires.
La
limite de ce système est, bien entendu, qu'il ne peut fonctionner que sur la base des
règles commerciales approuvées par les gouvernements et ratifiées par les parlements.
C'est pourquoi il est indispensable que la communauté internationale progresse vers la
fixation de règles coordonnées dans d'autres domaines tels que l'environnement. Un
problème d'écologie doit recevoir une réponse écologique et non une réponse
commerciale, même si les deux domaines doivent de plus en plus s'épauler.
A
l'horizon de ce siècle, nous voyons un nombre impressionnant d'engagements inscrits au
programme de l'OMC, notamment en ce qui concerne les négociations sur l'agriculture, les
services et les aspects de la propriété intellectuelle. En outre, des décisions doivent
être prises prochainement au sujet de l'investissement et de la concurrence. Certains
pays ont présenté d'autres suggestions telles que de nouvelles négociations en vue de
réduire les droits de douane sur les produits industriels. Avec la dynamique qui
s'accélère à nouveau en vue de lever les derniers obstacles au commerce, nul ne peut
sous-évaluer le fait que le rôle principal de l'OMC est toujours de militer pour la
poursuite de la libéralisation.
III
Ces
intérêts économiques et politiques fondamentaux n'ont pas changé à l'époque de la
mondialisation, bien au contraire. Plus que jamais, la prospérité du monde - et de
l'Amérique - repose sur le maintien d'une économie internationale ouverte, fondée
sur des règles déterminées d'un commun accord. La contribution du commerce extérieur
à la croissance des Etats-Unis a beaucoup augmenté au fil des ans - on estime par
exemple que les exportations ont compté pour un tiers dans la croissance économique des
dix dernières années. Il y a dix ans, les exportations assuraient 7 millions
d'emplois aux Etats-Unis. Selon les estimations du Département du commerce, ce chiffre
aura plus que doublé d'ici à l'an 2000, pour atteindre 16 millions.
Ce
qui a changé, ce sont les défis auxquels le système est désormais confronté. L'un des
défis à relever dans l'avenir sera de gérer l'intégration mondiale alors que les
systèmes économiques nationaux sont encore très différents. A mesure que les obstacles
tarifaires disparaissent, la politique commerciale se concentre à l'intérieur des
frontières - sur les différences de réglementation et de structure dans des
domaines tels que la politique en matière d'investissement, de concurrence ou
d'environnement, qui peuvent avoir un effet important sur l'accès aux marchés et les
courants internationaux d'échanges et d'investissement.
Les
innovations touchant les technologies de l'information et les télécommunications créent
actuellement des possibilités d'échanges sans frontières dans des secteurs essentiels
- ce qui pose d'importantes questions sur les moyens de réglementer ou de gérer une
économie opérant dans le cyberespace. Le cas du commerce électronique, que l'OMC
examine maintenant, est évident.
Je
n'ai besoin de rappeler à aucun d'entre vous que ces technologies offrent une
possibilité sans précédent d'atteindre une nouvelle frontière mondiale au
XXIe siècle. Nous voyons s'ouvrir devant nous la possibilité que des milliards
d'habitants des pays en développement accèdent pour la première fois sur un pied
d'égalité à l'information et à la connaissance, qui sont les deux matières premières
essentielles de l'ère de l'information. Le rétrécissement du temps et de l'espace qui
résulte du développement impressionnant des télécommunications et des technologies de
l'information fera sensiblement reculer la marginalisation physique d'un nombre croissant
de personnes. Ainsi, le développement de la télémédecine pourrait ouvrir de nouveaux
horizons dans le domaine de la santé. Ce qui est certain, c'est que le progrès se fera
par bonds. La rapidité du progrès technique nous fait entrer dans un monde nouveau et
entièrement différent.
IV
Une
économie mondiale exige un système véritablement mondial de règles commerciales. Outre
nos 132 Membres, 31 candidats sont actuellement sur la liste
d'attente de l'OMC; c'est encore un trait qui témoigne de la singularité de cette
organisation par rapport aux autres organismes internationaux.
Adhérer
à l'OMC, ce n'est pas comme adhérer à une instance politique ou à une organisation qui
peut octroyer des prêts ou des dons; cela veut dire négocier âprement avec les Membres
et modifier très souvent des aspects importants de sa politique nationale pour pouvoir
contracter des engagements obligatoires sur tout l'éventail des activités commerciales.
Mais les pays qui adhèrent à l'OMC y gagnent du fait que leurs relations commerciales
deviennent plus sûres et plus prévisibles et qu'ils sont assurés de pouvoir accéder
sur un pied d'égalité au système de règlement des différends.
Et
le plus important, c'est qu'en ouvrant leur économie, ces pays accélèrent leur
développement, tandis que leurs partenaires savent que désormais les réformes
économiques unilatérales s'inscrivent dans un cadre juridique international.
C'est
l'une des raisons importantes pour lesquelles l'OMC accorde une priorité aussi élevée
au processus d'accession. Les 31 candidats sont tous des pays en développement ou
des pays en transition. Ils incluent des géants tels que la Chine et la Russie, des
républiques de l'ex-Union soviétique situées dans la région balte et en Asie centrale,
et quelques-uns des plus petits Etats insulaires. Le fait que des pays aussi divers, y
compris d'anciens bastions de la planification centrale, ont fait de leur accession un
objectif essentiel ne laisse aucun doute quant à l'utilité et à l'attrait du système.
Il
est évident que nous devons achever ces négociations dès que possible. Le processus de
l'intégration économique mondiale ne nous attendra pas, et il est dans l'intérêt de
chacun qu'il se déploie dans le cadre des règles de l'OMC. L'urgence est plus grande
encore si l'on considère que d'importantes négociations nouvelles dans des secteurs
essentiels sont déjà programmées pour le siècle prochain. Mais l'élargissement de
l'OMC doit aussi renforcer le système et non le diluer - et il doit se faire dans
des conditions commerciales saines.
L'interdépendance
croissante de l'économie mondiale souligne la nécessité d'une architecture qui permette
de gérer des questions et des politiques davantage interconnectées. Finances, commerce,
développement, environnement, questions sociales, ce ne sont là que quelques-unes de ces
interrelations croissantes. C'est aussi une leçon importante à tirer de la tourmente
financière que traverse l'Asie. Le rôle du système commercial dans la solution de cette
crise financière a été et restera essentiel. Il ne peut y avoir de solution sans la
contribution positive du système multilatéral fondé sur des règles, qui s'est
révélé être un bastion contre les pressions protectionnistes.
Permettez-moi
de le dire sans ambiguïté: l'heure n'est pas au protectionnisme.
Pour
résoudre efficacement ce problème, nous avons actuellement besoin des efforts collectifs
de tous les protagonistes de l'économie mondiale. L'Europe, l'Amérique du Nord et du Sud
et l'Asie elle-même doivent participer au rétablissement de la stabilité et de la
confiance dans la région touchée. La Chine et le Japon doivent aussi montrer l'ascendant
régional que l'on attend d'eux.
Le
système multilatéral, avec ses engagements obligatoires d'ouverture des marchés et de
libéralisation progressive, peut offrir le cadre commercial nécessaire pour relever le
défi de la crise et éviter qu'elle ne se reproduise.
V
Ce
que nous célébrons aujourd'hui, c'est un système de règles fondées sur le consensus
qui peut englober l'ensemble des économies du monde. Un système qui aide à faire tomber
les barrières, non seulement entre les économies mais aussi entre les peuples. Un
système qui tisse une toile d'interdépendance économique telle que nous partageons le
même intérêt pour notre prospérité mutuelle. Et un système qui contribue à
égaliser la condition humaine grâce à la diffusion des technologies et des
connaissances, alliant l'édification d'une économie mondiale à celle d'une vision
mondiale.
Si,
durant la guerre froide, le but était de gérer un monde divisé, il est à présent de
gérer un monde de plus en plus profondément interdépendant.
C'est
aussi pour cela que l'utilité du commerce a toujours dépassé le commerce lui-même.
L'un des exemples les plus frappants de ces 50 dernières années est le rôle que la
libéralisation des échanges a joué dans la transformation de la rivalité historique
entre l'Allemagne et la France en un lien puissant qui réunit les deux pays au coeur de
la construction européenne.
La
commémoration du cinquantième anniversaire intervient également à une époque de
rapide expansion des systèmes commerciaux régionaux. Plus de 90 accords régionaux
préférentiels sont actuellement en vigueur, et plus des trois quarts d'entre eux ont
été conclus au cours des quatre dernières années. La Communauté européenne est
partie à plus d'un tiers de ces accords.
Leur
contribution à la libéralisation est incontestable. Et pourtant, la logique du
régionalisme a moins de sens, économiquement parlant, à une époque de mondialisation.
A
mesure que la production et la distribution se mondialisent et que les économies
deviennent plus intégrées et mues par des technologies sans frontières, personne n'a
économiquement intérêt à ce qu'il y ait un système fragmenté, avec des règles
fragmentées et même un système fragmenté de règlement des différends.
Des
chefs d'Etat et de gouvernement ont déjà décidé d'instaurer le libre-échange dans le
Pacifique, aux Amériques, en Europe et entre l'Europe et la Méditerranée. Et il y a
maintenant la perspective de nouvelles zones de libre-échange entre l'Europe et les pays
de l'Afrique subsaharienne, des Caraïbes et du Pacifique, ainsi que la possibilité d'une
zone de libre-échange de part et d'autre de l'Atlantique. Il est prévu que ces
nombreuses initiatives se concrétisent pleinement au cours des 20 prochaines
années.
Qu'est-ce
qui nous retient alors de franchir la prochaine étape logique vers le libre-échange
mondial?
Au
cours des prochaines années, alors qu'approcheront les dates fixées pour la mise en
place des divers accords régionaux, il nous faudra mieux définir quelle sorte d'avenir
nous voulons. Voulons-nous un monde fondé sur la non-discrimination, qui s'appuie sur des
règles et ait une dimension planétaire? Ou voulons-nous un monde très différent,
fragmenté en quelques gigantesques zones commerciales régionales, avec des règles
différentes et reposant - par définition - sur la discrimination entre les
partenaires commerciaux?
Les
conséquences de ce choix vont bien au-delà du système commercial.
Pour
éviter une dangereuse ambiguïté quant à l'avenir de l'économie mondiale et entretenir
une relation d'appui réciproque entre les zones régionales présentes et futures et le
système multilatéral, il faut éclaircir notre propre vision.
Quel
meilleur moment peut-il y avoir que le cinquantième anniversaire du système commercial
multilatéral pour réaffirmer sans aucun doute possible que notre but ultime reste
l'instauration d'un système mondial de libre-échange fondé sur des règles comme
élément principal d'une stratégie de développement et de sécurité pour le monde du
XXIe siècle? |