
Observations du Directeur généralNous allons bientôt
nous rendre à Seattle pour lancer la nouvelle série de négociations commerciales
multilatérales et définir le programme de travail de l'OMC pour les prochaines années.
Il ressort de mon rapport intitulé Tour d'horizon de l'évolution de
l'environnement commercial international, que le moment est bien choisi pour
démarrer nos travaux. L'environnement commercial international est dans l'ensemble
favorable; la croissance économique se consolide et les perspectives pour les années à
venir sont prometteuses. De plus, la valeur et la force de notre système commercial
multilatéral ouvert et fondé sur des règles viennent de nous être clairement
démontrées. Pendant la tourmente financière de 1997/98, grâce au bon sens des
gouvernements et aux règles de l'OMC, les marchés sont demeurés ouverts, fournissant
une base indispensable à la reprise. Les avantages du commerce ont rarement été aussi
évidents. C'est dans ce contexte que nous allons à Seattle et nous avons donc
d'excellentes raisons de croire aux avantages d'un système commercial multilatéral fort,
ouvert et fondé sur des règles.
Comparons
cette situation à celle qui prévalait au moment du lancement du Cycle d'Uruguay. La
croissance était léthargique et les arrangements de partage du marché commençaient à
devenir la règle. La confiance dans le système déclinait. Malgré cela et aidés par
les événements, nous sommes parvenus à mettre au point des accords novateurs et à
créer une organisation qui rend des comptes aux gouvernements Membres, lesquels disposent
maintenant d'une véritable enceinte pour répondre aux préoccupations commerciales de
leurs populations auxquelles, à leur tour, ils doivent rendre des comptes.
Le
contexte est maintenant plus favorable et nous pourrons à coup sûr en tirer parti et
faire fond sur les résultats du Cycle d'Uruguay et les négociations qui ont suivi pour
renforcer encore notre système, et en particulier veiller à ce que tous les participants
bénéficient des avantages et des gains qui en découlent. Ce que j'attends de Seattle,
c'est que nous établissions un programme de travail équilibré et lancions des
négociations qui déboucheront sur un résultat équilibré et juste pour tous
les Membres.
Pourtant,
tous ne partagent pas notre confiance dans les avantages du système commercial
multilatéral. La mondialisation suscite une certaine inquiétude. D'aucuns se sentent mal
protégés et sont préoccupés et incertains. D'autres voient la mondialisation comme une
menace. Mais la mondialisation est une réalité; nous ne pouvons pas faire marche
arrière, ce n'est d'ailleurs pas à souhaiter. La mondialisation est profitable à tous
et il faut faire en sorte que la prospérité qui en découle soit accessible à tous. À
Seattle, il nous faudra continuer de calmer les inquiétudes, car certaines des critiques
formulées sont effectivement valables.
Il
y a peu de points sur lesquels les économistes s'entendent, mais ils sont tous d'accord
sur une chose - peut-être la seule qui fasse l'unanimité chez ces gens qui voient
toujours le revers de la médaille - les avantages qu'engendre le commerce. De ce
point de vue, nous devrions être extrêmement préoccupés par le fait que les échanges
des 48 pays les moins avancés ne représentent au total que 0,5 pour cent du
commerce mondial. On peut se demander si ces pays bénéficient vraiment du système? De
nombreuses raisons peuvent être invoquées en réponse à cette question, dont beaucoup
ne dépendent pas de l'OMC, mais celle-ci doit jouer son rôle: nous devons décider à
Seattle de faire ce que nous pouvons pour mieux intégrer les PMA dans notre système et
les faire bénéficier de ses avantages. Pour cela, deux éléments sont essentiels, qui
devraient avoir un degré de priorité élevé dans le programme de Seattle et donner lieu
à une action immédiate:
-
l'accès en franchise de droits sur les marchés pour les produits des PMA. Cela ne
coûtera pas grand-chose et montrera que nous voulons vraiment résoudre les problèmes de
l'inégalité et de l'exclusion; et
-
la coopération technique. Le renforcement des capacités est une entreprise difficile; la
mise en uvre des obligations est souvent ardue. Il faut un certain savoir-faire. À
Singapour, nous avons commencé à élaborer un cadre destiné mettre en place une
coopération utile. Il nous faut aller plus loin et, pour cela, nous avons besoin de
ressources financières. Soyons généreux à Seattle. J'insiste sur ce point à propos
des Membres les moins avancés, mais le besoin est tout aussi urgent pour bon nombre de
Membres en développement: il nous faut répondre aux besoins d'assistance technique si
nous voulons que le système commercial multilatéral reste performant.
Mais
ce n'est pas tout. Des politiques intérieures saines, bien comprises par le grand public
et une bonne gestion des affaires publiques sont des éléments indispensables au
progrès. La transparence est aussi un facteur-clé. Le système commercial peut et doit y
contribuer. Si nous décidions à Seattle d'élaborer des Accords sur la transparence des
marchés publics et la facilitation des échanges, nous ferions un premier pas, modeste
certes mais dont la signification serait profonde. Il en irait de même si nous
réaffirmions à nouveau notre volonté de coopérer avec le Fonds et la Banque pour
assurer la cohérence de l'élaboration des politiques au niveau international: nous avons
passé des accords avec le Fonds et avec la Banque et nous avons un mandat
concernant la cohérence - nous devons maintenant nous appuyer sur ces éléments
pour veiller à ce que les politiques en matière de commerce, de finances et de
développement soient parfaitement complémentaires.
Nous
devons aussi veiller à être compris. Si nous prenons à Seattle la décision de
poursuivre nos efforts visant à améliorer la transparence de l'OMC et de mettre en
uvre plus régulièrement des initiatives de vulgarisation, notre tâche sera mieux
comprise et le soutien dont nous bénéficierons n'en sera que plus grand. La
complémentarité des politiques commerciales et des politiques environnementales est l'un
des premiers exemples qui vient à l'esprit, mais ce n'est pas le seul, loin de là -
le commerce est bon pour le consommateur: il est comme la marée montante qui entraîne
tous les bateaux dans son mouvement. Toutefois, l'ajustement a son prix et, pour certains,
la mondialisation est source d'injustice. Il est clair que des politiques sociales
appropriées doivent accompagner la libéralisation; cela fait partie des responsabilités
que les gouvernements ont envers leurs peuples. Ainsi, nous serons tous bénéficiaires.
Nous
lancerons de nouvelles négociations à Seattle - l'agriculture et les services font
déjà partie du programme incorporé. La tarification des restrictions quantitatives dans
le secteur agricole était une bonne mesure car elle a fait ressortir le niveau de
protection élevé dont bénéficiaient de nombreux produits. Nous devons maintenant
commencer à réduire ces droits élevés et nous attaquer à la question des subventions
et des mécanismes de soutien. Il s'agit là d'une tâche délicate car diverses
priorités d'ordre social sont en jeu, mais il ne faut pas oublier que l'avantage
comparatif de nombreux pays en développement réside dans la production de denrées
alimentaires. Il n'est tout simplement pas juste d'empêcher ces pays d'exporter des
produits compétitifs.
Qui
peut nier les avantages universels que présentent un renforcement des règles et une
libéralisation dans le secteur des services? Ces derniers représentent bien plus de la
moitié de la plupart de nos économies; une plus grande libéralisation dans ce secteur
rendra nos exportations plus compétitives, créera de meilleurs emplois et accroîtra le
bien-être de nos consommateurs.
Mais
cela suffira-t-il? Étendrons-nous les négociations en matière d'accès aux marchés à
d'autres domaines? Je pense en particulier aux crêtes tarifaires, à la progressivité
des droits de douane et à la valeur ajoutée aux matières premières - qui est souvent
le moteur du développement industriel. Et qu'en est-il des règles, de la sécurité et
de la prévisibilité de notre environnement commercial? Devrions-nous les renforcer et
peut-être les étendre à de nouveaux domaines? Ce sont là des questions sur lesquelles
nous ne sommes pas encore d'accord mais le moment est venu d'y répondre. À Seattle, nous
devons définir l'orientation des relations commerciales futures.
Comme
je l'ai dit au début, il ressort de ce tour d'horizon que le moment est propice. Les
événements nous ont donné un exemple frappant des avantages que présente notre
système commercial; le moment est bien choisi pour agir. Nous devons intégrer tous les
pays dans notre système, renforcer les règles et permettre à tous de mieux profiter des
avantages découlant du commerce, et, à cet égard, je vous engage à ne pas oublier que
le commerce n'est pas une fin en soi: c'est un outil de progrès, un moyen éprouvé et
sûr de créer un monde plus développé, plus prospère, plus sûr et meilleur pour tous. |