
Après
la séance de sept heures et demie, les gouvernements membres vont
maintenant étudier la marche à suivre, et notamment l'opportunité
de rédiger une déclaration ministérielle pour la Conférence
ministérielle de Doha en novembre. La plupart des orateurs ont
qualifié le débat de première étape et non d'événement
ponctuel.
Le
débat spécial sur la propriété intellectuelle et l'accès aux
médicaments était inscrit à l'ordre du jour de la réunion
ordinaire tenue cette semaine par le Conseil des aspects des droits de
propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) de l'OMC
à la demande du Groupe africain, lequel est composé de tous les pays
africains Membres de l'OMC.
Deux
documents ont été distribués pour la réunion: l'un émanait de
l'Union européenne et l'autre d'un groupe d'environ 50 pays en
développement.
(Ces
documents ainsi qu'une déclaration du Directeur général de l'OMC,
M. Mike Moore, peuvent être obtenus
en
cliquant ici.
Pour une présentation générale de certaines des questions, y
compris les dispositions citées ici, reportez-vous à la note
récapitulative de l'OMC sur les ADPIC et les produits pharmaceutiques.)
Une
quarantaine de délégations ont pris la parole. De multiples
questions ont été abordées, dont certaines pour la première fois
au Conseil des ADPIC, et principalement les suivantes:
1. Principes généraux haut
de page
La quasi-totalité des orateurs
ont dit que la protection par des brevets était nécessaire pour
encourager l'invention de nouveaux produits pharmaceutiques. Tous ont
admis que l'Accord sur les ADPIC ménageait aux gouvernements une
certaine flexibilité qui leur permettait de s'occuper des questions
de santé publique.
Selon de nombreuses
délégations, les ADPIC ne devaient pas être un élément du
problème mais un élément de sa solution.
C'est pourquoi le débat a
porté essentiellement sur les objectifs et principes généraux de
l'Accord sur les ADPIC (articles 7 et 8) et sur la flexibilité
ménagée par l'Accord dans certaines circonstances.
Plusieurs délégations ont dit
que la protection par des brevets n'était qu'une des nombreuses
questions en rapport avec les problèmes de santé des pays pauvres.
Parmi ces autres questions figuraient les infrastructures de santé
publique et les politiques de fixation des prix. Toutefois, plusieurs
délégations ont aussi dit que ces questions devaient être
examinées par les organisations qui en étaient plus directement
chargées et non par le Conseil des ADPIC.
Bon nombre de pays en
développement ont fait valoir qu'aux termes des articles 7 et 8,
l'Accord sur les ADPIC devait être interprété comme donnant aux
pays la marge de manœuvre nécessaire pour atteindre leurs objectifs
de santé publique. Certains ont demandé que cette interprétation
soit réaffirmée dans une déclaration politique à la prochaine
Conférence ministérielle de Doha, ce qui donnerait aux gouvernements
l'assurance qu'ils n'enfreignent pas l'Accord sur les ADPIC lorsqu'ils
appliquent leurs politiques en matière de santé. Aucun pays ne s'est
opposé à ce qu'une déclaration soit faite à Doha. Certains ont
indiqué qu'ils étaient prêts à en examiner la teneur.
Plusieurs délégations ont dit
qu'il ne fallait pas exercer de pressions sur les gouvernements, au
plan bilatéral ou à l'OMC, pour qu'ils fassent moins usage de la
flexibilité prévue dans l'Accord sur les ADPIC. Certains pays
(Groupe africain, Norvège) ont exhorté les Membres de l'OMC, en
particulier les pays développés, à ne pas engager d'action légale
concernant les ADPIC et les questions de santé publique dans le cadre
du système de règlement des différends de l'OMC.
Par ailleurs, certains pays en
développement ont demandé que le délai pour la mise en œuvre de
l'Accord sur les ADPIC, et en particulier des dispositions relatives
à la santé publique, soit prorogé – la période de transition a
expiré le 1er janvier 2000 pour les pays en
développement en général et expirera le 1er janvier 2006
pour les pays les moins avancés.
Les États-Unis ont fait valoir
que la protection des produits pharmaceutiques par des brevets
concourait à la réalisation des objectifs des politiques de santé
publique car elle contribuait à la mise au point de nouveaux
médicaments. La Suisse a dit que sans brevets, il n'y aurait pas de
nouveaux médicaments et donc pas de débat sur l'accessibilité
financière des médicaments.
Les orateurs ont généralement
été d'avis que l'Accord sur les ADPIC ménageait aux gouvernements
une flexibilité suffisante pour leur permettre d'atteindre leurs
objectifs de santé publique. Certains pays en développement,
reprenant le point de vue exposé dans le document du groupe des pays
en développement, ont dit que des clarifications devaient être
apportées et que, si cela s'avérait insuffisant, les Membres
devraient envisager de modifier l'accord.
2. Flexibilité — Licences obligatoires haut
de page
Plusieurs délégations ont dit
que les gouvernements étaient libres de définir leurs propres motifs
justifiant la délivrance des licences obligatoires car l'Accord sur
les ADPIC n'énonçait pas tous les motifs possibles.
S'agissant d'un des motifs
mentionnés dans l'Accord sur les ADPIC (situation d'urgence
nationale), la plupart des délégations, y compris celle de pays
développés comme les États-Unis, l'UE et le Japon, ont dit que
l'épidémie actuelle de sida constituait clairement une situation
d'urgence pour les pays de l'Afrique subsaharienne et pour d'autres
pays connaissant des conditions similaires.
Une question a été soulevée
pour la première fois au Conseil des ADPIC et a été abondamment
débattue: dans quelle mesure pouvait-on fabriquer sous licences
obligatoires des produits destinés à être exportés pour
approvisionner le marché d'un pays pauvre?
Cette question a été jugée
importante car de nombreux petits pays en développement peuvent
vouloir recourir aux licences obligatoires pour importer et non pour
produire localement. L'Accord sur les ADPIC dispose que les produits
fabriqués sous licences obligatoires devraient servir “principalement
pour l'approvisionnement du marché intérieur”. De nombreux
participants ont souhaité que l'on fasse en sorte que l'Accord ne
soit pas un obstacle pour les pays recourant aux licences obligatoires
à des fins d'importation.
Les participants ont discuté
des cas dans lesquels cela serait ou non possible. La plupart des pays
en développement ont demandé que les dispositions soient
interprétées avec indulgence.
Certains pays en développement
ont fait valoir que les licences obligatoires pouvaient être
utilisées pour développer la production locale – ce qui était,
selon eux, nécessaire à la santé publique et au transfert de
technologie – si le titulaire d'un brevet ne produisait pas le
médicament dans le pays. D'après les États-Unis et la Suisse, il
s'agissait d'une politique de développement industriel (renforçant
l'industrie locale) et non d'une politique de santé.
3. Flexibilité — Importations parallèles haut
de page
Les
pays en développement ont dit que les importations parallèles
étaient explicitement autorisées par l'article 6 et qu'il était
essentiel de faire en sorte que les prix soient aussi bas que
possible. L'UE, les États-Unis et la Suisse ont averti que cela
risquait de compromettre la “fixation différenciée des prix”
(vente par les sociétés à des prix inférieurs sur les marchés des
pays pauvres) si des produits moins chers affluaient sur les marchés
des pays développés.
4. Other issues haut
de page
Données résultant d'essais:
L'article 39:3 de l'Accord sur les ADPIC dispose que les
gouvernements doivent protéger les données confidentielles
résultant d'essais – utilisées pour décider si des “entités
chimiques nouvelles” sont sans danger pour la consommation publique
– contre l'“exploitation déloyale dans le commerce”.
Au cours de la réunion, l'UE,
la Suisse, les États-Unis et le Japon ont dit que le meilleur moyen
de mettre en œuvre cette disposition consistait à définir une
période pendant laquelle la société ayant élaboré le produit
aurait la jouissance exclusive des données. Cette interprétation a
été contestée par certains pays en développement mais, pour l'UE,
la Suisse et le Japon, elle ne devait pas empêcher la délivrance de
licences obligatoires pour les produits pharmaceutiques brevetés,
notamment au titre des procédures accélérées en cas de situation
d'urgence nationale.
Fixation différenciée des prix:
De nombreux pays développés et en développement ont dit que la
fixation différenciée des prix était aussi une bonne méthode pour
améliorer l'accès aux médicaments, mais certains pays en
développement ont fait valoir que cette question devait être
étudiée dans d'autres enceintes car elle ne relevait pas du mandat
de l'OMC.
5. Et ensuite? haut
de page
Le
Président procédera à des consultations avec les Membres. Ensuite,
vendredi matin, le Conseil des ADPIC tiendra une réunion informelle
pour examiner les éventuelles propositions. Une décision sur les
étapes suivantes pourrait être prise vendredi.
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