 Les 24 et
25 juillet 1995, l'Organe d'examen des politiques commerciales (OEPC) de
l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a procédé à l'examen de la politique
commerciale de l'Union européenne. On trouvera ci-joint le texte des remarques finales du
Président, qui résume les points essentiels se dégageant de l'examen, qui a duré deux
jours.
L'examen
permet à l'OEPC d'évaluer collectivement, de manière régulière, toute la gamme des
politiques et pratiques commerciales de chacun des pays membres de l'OMC en vue de suivre
les tendances et faits nouveaux importants qui peuvent avoir une incidence sur le système
de commerce mondial.
L'examen
s'appuie sur deux rapports établis, respectivement, par le Secrétariat de l'OMC et par
le gouvernement intéressé, qui portent sur tous les aspects de la politique commerciale
du pays, y compris les lois et réglementations nationales, le cadre institutionnel, les
accords bilatéraux et régionaux et d'autres accords préférentiels, les besoins
généraux de l'économie et l'environnement extérieur.
Un
compte rendu des débats et les conclusions exposées par le Président formeront avec ces
deux rapports l'examen complet de la politique commerciale de l'Union européenne, qui
sera publié en temps voulu et pourra être obtenu auprès du Secrétariat de l'OMC,
Centre William Rappard, 154, rue de Lausanne, 1211 Genève 21.
Depuis
décembre 1989, il a été procédé à l'examen de la politique commerciale des pays
ou groupes de pays suivants: Afrique du Sud
(1993), Argentine (1992), Australie (1989 et 1994), Autriche (1992), Bangladesh (1992),
Bolivie (1993), Brésil (1992), Cameroun (1995), Canada (1990, 1992 et 1994), Chili
(1991), Colombie (1990), Communautés européennes (1991, 1993 et 1995), Corée,
Rép. de (1992), Costa Rica (1995), Côte d'Ivoire (1995), Egypte (1992),
Etats-Unis (1989, 1992 et 1994), Finlande (1992), Ghana (1992), Hong Kong (1990
et 1994), Hongrie (1991), Inde (1993), Indonésie (1991 et 1994), Islande
(1994), Israël (1994), Japon (1990, 1992 et 1995), Kenya (1993), Macao (1994),
Malaisie (1993), Maroc (1989), Mexique (1993), Nigéria (1991), Norvège (1991),
Nouvelle-Zélande (1990), Pakistan (1995), Pérou (1994), Philippines (1993),
Pologne (1993), Roumanie (1992), Sénégal (1994), Singapour (1992), Suède (1990 et
1994), Suisse (1991), Thaïlande (1991), Tunisie (1994), Turquie (1994), Uruguay (1992) et
Zimbabwe (1994).
ORGANE
D'EXAMEN DES POLITIQUES COMMERCIALES: UNION EUROPEENNE
REMARQUES FINALES DU PRÉSIDENT
Au
cours des deux jours qui viennent de s'écouler, l'Organe d'examen des politiques
commerciales a effectué le troisième examen de la politique et des pratiques
commerciales de l'Union européenne. Les présentes remarques, formulées sous ma propre
responsabilité, ont pour objet de résumer les points essentiels: elles ne se substituent
pas à l'évaluation collective de l'Organe qui figurera dans le compte rendu de la
réunion.
Le
débat s'est organisé autour de cinq grands thèmes: la contribution globale de l'Union
européenne au système de l'OMC; l'incidence de l'intégration communautaire, des
nouvelles adhésions et des accords préférentiels sur les pays tiers; les politiques
sectorielles et l'accès au marché; le recours aux instruments de politique commerciale
et les autres questions de politique générale.
En
plus de la discussion, les participants ont posé un grand nombre de questions par écrit.
Le représentant de l'Union européenne a fourni des réponses écrites et s'est engagé
à donner de plus amples détails après la réunion.
Contribution
globale au système de l'OMC
Les
membres ont mis l'accent sur le rôle de l'Union européenne en tant que première entité
commerciale du monde et la responsabilité qui lui incombait à ce titre dans le cadre du
système multilatéral. La contribution de l'Union, lors du Cycle d'Uruguay, à la
libéralisation du commerce des produits manufacturés et des services et à
l'élaboration de nouvelles règles a été grandement appréciée. Dans le même esprit,
de nombreux participants se sont félicités de l'initiative que l'UE avait prise dans les
négociations en cours sur les services financiers. Toutefois, des questions ont été
posées au sujet de la mise en oeuvre des engagements dans les principaux secteurs
agricoles, où bien des membres espéraient une amélioration concrète des conditions
d'accès. Des membres se sont également déclarés préoccupés par le calendrier des
négociations et l'interprétation que l'UE donnait des articles XXIV:6 du GATT et
V:2 de l'AGCS concernant les effets de l'élargissement récent de l'Union. Soulignant
l'importance qu'elles revêtaient pour un grand nombre de pays, plusieurs participants ont
indiqué que, lors des élargissements futurs, ces négociations devraient être
entreprises à l'avance. L'extension automatique des mesures antidumping aux nouveaux
Etats membres a également été mise en cause.
En
réponse, le représentant de l'Union européenne a mis l'accent sur l'importance d'un
système commercial fondé sur des règles. L'UE faisait tout son possible pour arriver à
un accord substantiel sur les services financiers. Dans l'agriculture, les réformes se
poursuivaient comme prévu: les plus récentes concernaient le tabac, le vin et le sucre.
Il était encore trop tôt pour évaluer, sous leur forme révisée, la Politique agricole
commune et les engagements découlant du Cycle d'Uruguay.
Comme
pour les élargissements précédents, l'Union avait suivi les procédures applicables du
GATT; le Mémorandum d'accord de l'OMC prévoyait que la procédure de
l'article XXVIII devait être "engagée" avant que des concessions
tarifaires ne soient modifiées. Le bon fonctionnement de la politique commerciale commune
exigeait l'application des mesures existantes, comme les droits antidumping, au territoire
élargi de l'Union. Selon le représentant de l'Union européenne, cela était compatible
avec le Code antidumping.
Incidence
de l'intégration communautaire, des nouvelles adhésions et des accords préférentiels
sur les pays tiers
Les
membres ont noté la rapidité de l'évolution de la structure institutionnelle et des
relations extérieures de l'UE. Ces deux dernières années, l'Union avait achevé le
Marché unique, promulgué le Traité de Maastricht, admis trois nouveaux Etats membres,
établi l'Espace économique européen, mis en oeuvre six Accords européens, signé
plusieurs accords de libre-échange et de coopération, et lancé une nouvelle politique
euroméditerranéenne.
Plusieurs
membres ont souligné les effets bénéfiques du Marché unique pour les fournisseurs
aussi bien communautaires qu'extérieurs et la nécessité de préserver son intégrité.
Dans cette optique, il a été demandé à la Commission européenne de donner des
précisions sur sa capacité d'empêcher les différents Etats membres de prendre en
matière de normalisation et d'étiquetage des initiatives qui pourraient avoir des effets
restrictifs.
Un
certain nombre de pays associés ont insisté sur les effets bénéfiques de leurs
arrangements commerciaux préférentiels avec l'Union, mais d'autres participants se sont
demandé dans quelle mesure le réseau de plus en plus dense d'arrangements
préférentiels était compatible avec le système multilatéral. Plusieurs membres ont
demandé à l'UE de veiller à ce que toute évolution future tienne compte des intérêts
et des droits de tous les Membres de l'OMC.
Un
certain nombre de participants se sont déclarés préoccupés par des éléments du
nouveau schéma de préférences de l'UE; ils ont appelé l'attention sur le fait qu'il
semblait pénaliser les bénéficiaires les plus dynamiques en faisant jouer divers
mécanismes de gradation et en subordonnant l'octroi des avantages du SGP à des
considérations non commerciales liées à des domaines tels que l'environnement et le
travail.
Le
représentant de l'Union européenne, notant que le Marché unique était un exemple de
régionalisme ouvert, a répondu que l'intégration régionale allait au-delà du
libre-échange pour inclure la coopération économique, l'assistance financière, le
rapprochement des législations, la politique de concurrence et le dialogue politique.
Cela pouvait nécessiter une nouvelle approche de certains éléments de
l'article XXIV du GATT, qui devaient correspondre aux réalités politiques et ne pas
être un cadre trop contraignant. Les échanges intracommunautaires étaient stables
depuis un certain temps et les craintes des partenaires commerciaux d'être tenus à
l'écart par l'UE étaient donc injustifiées. Les accords portaient sur des domaines
"sensibles", comme l'agriculture, où une nouvelle libéralisation était
envisagée, et les textiles, où des délais étaient fixés pour parvenir à une
libéralisation complète.
Le
nouveau schéma de préférences avait pour but de mieux prendre en compte l'évolution
économique des pays en développement et d'aider les moins avancés d'entre eux. Le
régime spécial d'encouragement, qui liait les échanges à la protection
environnementale et aux conditions sociales, ne serait pas mis en oeuvre avant 1998. Seul
le Conseil des Ministres, à la suite d'une procédure d'examen, pouvait retirer une
concession. Globalement, l'Union pensait que le nouveau schéma serait sans incidence sur
le volume des échanges. Le processus de prise des décisions concernant la sensibilité
des produits et la gradation appliquée aux pays ne serait pas modifié avant 1998.
Les
participants ont réaffirmé que les dispositions de l'article XXIV, sans être un
cadre contraignant, prévoyaient néanmoins des disciplines multilatérales claires en
regard desquelles toutes les zones de libre-échange devaient être examinées; ces
procédures étaient dans l'intérêt de tous. En particulier, les accords préférentiels
devaient être globaux et cohérents, la réduction des obstacles au commerce s'étendant
au reste du monde. Par ailleurs, le schéma de préférences ne devait pas, par le jeu de
conditions, désavantager les pays en développement en mesure de l'utiliser.
Politiques
sectorielles et accès au marché
Les
participants ont noté avec satisfaction l'étendue et l'ampleur des réductions
tarifaires opérées dans de nombreux secteurs manufacturiers, mais ont jugé décevantes
les réductions modérées intervenues dans des secteurs "sensibles" de l'UE,
comme les textiles et les vêtements, les véhicules automobiles et l'électronique. Les
droits restaient élevés pour les produits forestiers à valeur ajoutée et une forte
progressivité des droits persistait dans des secteurs comme les métaux non ferreux. Des
participants se sont inquiétés de la lenteur du processus de libéralisation du régime
des textiles et des vêtements et du fait que la première étape d'intégration au titre
de l'Accord de l'OMC ne comptait aucune catégorie restreinte faisant l'objet de
restrictions; une intégration plus uniforme, étape après étape, favoriserait le
processus d'ajustement tout en aidant les pays exportateurs. Les participants ont
souligné la nécessité d'imposer des disciplines plus strictes aux Etats membres en
matière de subvention dans le secteur du charbon et ont dit qu'ils attendaient avec
impatience la suppression de la mesure de sauvegarde appliquée par l'Allemagne. Un membre
a noté que l'aide accordée aux chantiers navals dans l'ancienne République
démocratique allemande avait apparemment entraîné une augmentation de la capacité.
La
tarification des prélèvements variables et d'autres mesures à l'importation s'était
traduite par l'imposition de droits très élevés sur les produits agricoles. Les
participants ont demandé des renseignements au sujet de la mise en oeuvre des contingents
pour l'accès minimal et courant et se sont demandé si l'UE pouvait remplir les
engagements de réduction qu'elle avait pris au titre de l'Accord de l'OMC, notamment en
ce qui concernait les subventions à l'exportation, sans réformer à nouveau sa
politique. Les nouveaux arrangements concernant l'importation des céréales (blé et
riz), des fruits et des légumes étaient une source de préoccupation. Le régime relatif
au sucre, qui n'avait été que très légèrement modifié, continuait à coûter cher
aux consommateurs intérieurs et à être restrictif à l'égard des exportateurs non
privilégiés. Les nouveaux règlements sanitaires de l'UE prévoyaient des obligations
plus lourdes pour certains produits alimentaires et agricoles.
Les
membres ont constaté que les droits restaient élevés et que leur progressivité
persistait dans le secteur de la pêche, dont la sensibilité était mise en évidence par
les mesures de sauvegarde adoptées récemment. Un membre s'est inquiété du lien établi
par l'UE entre les préférences commerciales et l'accès aux ressources halieutiques. Des
renseignements ont été demandés sur l'harmonisation interne des contrôles sanitaires
qui était en cours.
Les
participants ont évoqué le partage des compétences entre les Etats membres et la
Communauté pour le commerce des services. Des questions ont été posées au sujet des
clauses de réciprocité prévues dans les règlements de l'UE et de l'application des
contingents de diffusion de programmes européens dans le secteur audiovisuel. Certains
membres ont fait état des problèmes d'accès que rencontraient les fournisseurs de
services qui avaient recours au mouvement des personnes physiques; les dispositions
pertinentes variaient sensiblement d'un Etat membre à l'autre.
Le
représentant de l'Union européenne a répondu que les réductions tarifaires opérées
par l'UE étaient importantes et que les taux pour les véhicules automobiles et les
articles confectionnés et les vêtements étaient relativement bas comparés à ceux
d'autres partenaires commerciaux. De plus, les taux de l'UE étaient tous consolidés.
L'UE ne prévoyait pas d'autres négociations tarifaires à ce stade.
La
Communauté se conformait pleinement aux dispositions de l'Accord sur les textiles et les
vêtements. Le Conseil des Ministres se prononcerait sur l'intégration d'autres produits;
une libéralisation trop rapide pourrait avoir des effets perturbateurs à la fois pour
les importateurs et les exportateurs. Dans le domaine de l'agriculture, les prescriptions
sanitaires en vigueur dans les Etats membres étaient en cours d'harmonisation; l'UE
disposait des pouvoirs nécessaires pour veiller à ce que ses obligations au titre de
l'Accord SPS soient dûment respectées. Il y avait des réponses écrites, pour la
pêche, le charbon et les services. Le représentant de l'Union européenne a noté que
dans le domaine des services financiers, on attendait encore des renseignements sur les
positions de négociation des différents participants.
Recours
aux instruments de politique commerciale
Le
lien organique entre le nouveau règlement sur les obstacles au commerce et les
obligations internationales de l'Union a été accueilli avec satisfaction. Certains
membres ont demandé confirmation, du fait que le règlement ne pourrait être appliqué
que conformément aux dispositions des accords de l'OMC; d'autres se sont demandé si,
dans ces conditions, le règlement était nécessaire. Le recours fréquent de l'Union aux
mesures antidumping et les incertitudes entourant leur application étaient un sujet de
préoccupation.
Reconnaissant
l'existence d'une législation commune en matière de marchés publics dans le cadre du
Marché unique, les membres se sont dits déçus de la part peu importante que
continuaient à représenter les fournitures étrangères; l'Union a été invitée à
donner des renseignements détaillés sur les faits nouveaux survenus récemment. Des
préoccupations ont été exprimées au sujet des clauses de réciprocité prévues dans
une directive relative aux marchés publics dans le secteur de l'eau, de l'énergie, du
transport et des télécommunications.
Des
participants ont estimé que les règles d'origine relevant des accords commerciaux
préférentiels de l'Union manquaient d'uniformité et étaient inutilement compliquées.
Le système de cumul de l'origine en vertu des différents accords devrait être
amélioré.
Le
représentant de l'Union européenne a indiqué que le nouveau règlement sur les
obstacles au commerce actualisait les procédures établies par le règlement précédent,
sans pour autant modifier les prescriptions de base. Comme auparavant, seules les mesures
autorisées par les dispositions des Accords de l'OMC pourraient être prises. Les
modifications de la législation antidumping ne concernaient que la mise en oeuvre de
l'Accord de l'OMC; presque toutes les mesures existantes avaient été adoptées
conformément aux "anciennes" règles.
L'UE
avait ratifié l'Accord sur les marchés publics et appliquerait pleinement ses
dispositions d'ici au 1er janvier 1996. Elle appuierait le principe de
non-discrimination dans ce domaine s'il était reconnu et appliqué par tous les Membres
de l'OMC.
Des
discussions avec des partenaires commerciaux préférentiels étaient en cours au sujet du
cumul de l'origine en vertu des différents accords. Toutefois, un tel système ne
viserait pas tous les pays, car il faudrait pour cela que les partenaires de l'UE
appliquent entre eux le même régime en matière d'origine.
Autres
questions de politique générale
Plusieurs
déclarations ont fait état de l'importance croissante des règlements liés au commerce
adoptés pour des raisons touchant la protection de l'environnement et de la santé, y
compris les systèmes d'éco-étiquetage mis en place récemment. Les participants ont
préconisé l'application de critères objectifs et transparents pour éviter la création
de nouveaux obstacles au commerce.
L'attention
a également été appelée sur l'interaction de la politique commerciale et de la
politique de concurrence et sur la nécessité d'assurer une approche cohérente dans ces
deux domaines. Un membre s'est interrogé sur la répartition des compétences entre les
Etats membres et la Communauté en ce qui concernait la politique de concurrence.
Le
représentant de l'Union européenne a donné des renseignements au sujet des critères
sur lesquels reposaient les interdictions commerciales imminentes concernant les pièges
à mâchoires et les tests de produits cosmétiques sur les animaux ainsi qu'au sujet des
règles régissant l'emballage, les déchets d'emballage et l'éco-étiquetage.
Des
données précises sur la concentration industrielle résultant du Marché unique ne
pouvaient pas être fournies, mais il y avait une tendance évidente à une plus grande
intégration industrielle. D'autres commentaires sur l'interaction des politiques de
concurrence communautaire et nationales ont été faits par écrit.
Je
crois que l'OEPC a effectué un examen approfondi et fructueux de la politique et des
pratiques commerciales de l'Union européenne et de leurs effets sur le système
multilatéral. Cet examen a porté sur des thèmes traditionnels, comme les politiques
dans le domaine de l'agriculture, les industries "sensibles" et le recours aux
instruments de défense commerciale, ainsi que sur les réformes résultant du Cycle
d'Uruguay et il a donné lieu à une discussion importante des questions relatives à
l'article XXIV. Si le débat sur les "nouvelles questions" comme les
services n'a pas été aussi poussé qu'on aurait pu s'y attendre, cela était sans doute
dû à l'état des négociations en cours.
La
rapidité avec laquelle la situation évolue montre bien l'utilité d'examens réguliers
et globaux de la politique commerciale. La consolidation et l'amplification des résultats
du Cycle d'Uruguay contribueront à atténuer les frictions entre les approches internes,
régionales et multilatérales et aideront l'UE à maintenir une orientation
internationale, extrovertie. Toutefois, il est essentiel de s'en tenir et de recourir, à
tous égards, aux dispositions des accords de l'OMC. |